Education, Environnement

Au jardin d’Eugène

Le terrain vague à usage de parking sauvage de l’école maternelle Eugène Leroy s’est métamorphosé en jardin gourmand. Ce beau résultat a mobilisé et mobilisera durablement les efforts conjugués des enfants, des parents, des enseignants et des personnels municipaux.

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Le projet est né en début d’année scolaire avec la traditionnelle visite de rentrée du maire dans différentes écoles de la ville. Lors de cette matinée d’échanges et de constats, il a été relevé que la structure de jeu de l’école n’était plus adaptée. Elle était abîmée et ne correspondait plus à l’utilisation des enfants. Au-delà de cette structure de jeu, le manque d’espace a été pointé. Du fait de l’ouverture d’une cinquième classe dans l’école, la surface disponible ne permettait plus aux enfants de jouer convenablement dans la cour existante.

Les regards se sont alors portés sur un terrain herbeux, sans affectation précise et qui jouxte la cour de récréation. D’autant que ce terrain vague dans son usage de parking sauvage était un point de tension entre tous. D’où l’idée de remplacer l’aire de jeu et de valoriser ce terrain en même temps. Comme la maternelle Eugène Leroy avait dans son projet d’école « la place de la nature en ville », il a été décidé d’en faire un jardin accessible aux enfants.

« – Ça va permettre aux enfants d’avoir plus d’espace pour jouer. Avec la Covid, c’est bien », se félicite le papa de Léonidas, venu jardiner avec son fils.

Un projet très fédérateur

Le projet global mis en place dès le premier conseil d’école associe enseignants, services municipaux, parents et enfants. La structure de jeu a été remplacée après concertation de tous. La concertation s’est poursuivie tout aussi fructueusement pour déterminer le devenir du terrain adjacent. Celui-ci est mis à disposition par Domofrance, bailleur des logements environnants.

Il s’agissait de définir la manière dont ce terrain allait vivre une fois agrandi et clôturé. La question de l’entretien du terrain à long terme et pendant les vacances scolaires était évidemment centrale pour la définition d’un projet viable.

« – L’objectif était de faire de l’extension de la cour de récréation l’occasion de projets participatifs associant enseignants, enfants, parents, et les services de la ville dans le cadre de la Cité éducative et autour de la thématique « La nature en Ville », synthétise Marine Londechamp, psychologue sociale, chargée de mission parentalité pour la Ville de Lormont.

Ce projet devait également avoir une incidence sur les contenus pédagogiques proposés en classe par les enseignants. Ceux-ci se sont pleinement saisis du projet à la suite de la directrice, Émilie Penot.

 

Associer aussi les familles les plus éloignées de l’institution

L’équipe s’est tout de suite rendu compte que ce projet de jardin était très profitable aux familles et notamment aux familles non-francophones que l’école cherche régulièrement à associer à ses activités.

« Beaucoup de parents ont une appréhension quand il s’agit de l’école, confie un parent d’élève déjà sensibilisé et investi. Certains ne gardent pas de bons souvenirs de leur expérience personnelle. D’autres ont peu fréquenté l’école, ou alors dans des pays lointains où elle est organisée très différemment. Venir à l’école les intimide, voire les effraie. C’est bien que l’école ne contacte pas les parents uniquement quand il y un problème à régler mais aussi quand il y a de bons moments à partager ».

« Le soutien de la parentalité, le lien parents-écoles, c’est ma partie et c’est à ce titre que je suis investie dans le projet, raconte Marine Londechamp. Cela m’amène à faire la coordination entre tous les acteurs de ce projet et notamment à aller chercher les familles les plus éloignées de l’institution scolaire. À ce titre, j’accompagne les parents dans les différents ateliers proposés ».

 

Une éducation intergénérationnelle au soin de la nature

À l’invitation de l’école, les parents et les enfants ont réalisé eux-mêmes toutes les plantations, guidés par les jardiniers municipaux. Sur place, Alexandre Betin et Benoît Martinet, du Service espace verts de la Ville, pilotent les opérations.

« Là-bas au fond, derrière les barrières en bois, on a semé une prairie fleurie avec un hôtel à insectes. Vous aurez bientôt plein de fleurs, assure Alexandre Betin. Et ici on va planter des arbustes fruitiers ».
« Ça va être chouette, c’est très beau une prairie fleurie ! »,  s’enthousiasme la directrice de l’école, Émilie Penot

Des fleurs ET des fruitiers. Pourquoi donc planter les deux ?

« –  À quoi ça sert, une prairie fleurie ? demande Alexandre

 À décorer !, s’écrient les enfants

 Oui, et aussi à autre chose, de très important…

– Pour nourrir les abeilles !

– Oui, pour les nourrir et aussi parce les abeilles ont un rôle très important : elles transportent le pollen de fleurs en fleurs et c’est grâce à elles qu’on a des fruits ».

 

Des plantes et des arbres choisis avec soins

« Ce matin, vous allez planter avec vos parents des plantes grimpantes tout le long de la clôture. Plus tard vos copains planteront des bulbes devant tout le long. Mais ce matin, on s’occupe des plantes grimpantes, explique Benoît aux enfants. Nous avons là des jasmins et des passiflores. Ce sont des plantes qui vont grimper sur le grillage et peu à peu recouvrir toute la clôture. » .

« On plantera ensuite un noisetier et un kaki. Ce sont des arbres que nous avons sélectionnés notamment pour leur saisonnalité, argumente Alexandre. Les noisettes arrivent à maturité à l’automne et les kakis en hiver, c’est-à-dire en période scolaire, quand les enfants sont là pour en profiter. Nous avons aussi préféré un kaki à un pommier, par exemple, dans l’idée d’amener les enfants à découvrir un fruit dont ils sont moins familiers ».

 

Deux carrés potagers complètent l’ensemble, ils sont destinés à des plantes aromatiques (menthe, romarin, lavande, ciboulette, verveine, thym…) destinés à la découverte sensorielle par le toucher, l’odorat et bien sûr le goût.

Alexandre et Benoît accompagnent les gestes des petits comme ceux des grands. Les jardiniers municipaux usent de judicieuses comparaisons.

« – Pourquoi est-ce qu’on met les végétaux dans la terre ?, demande Alexandre
 – Pour que les plantes puissent se nourrir, récitent les enfants
 – Oui c’est ça. Maintenant on creuse. Voilà, c’est bien. Maintenant on va mettre la plante dans le trou. Ha… Tu as oublié quelque chose d’important. Que faut-il faire avant de reboucher ?
 – …
 – Il faut surtout retirer le pot en plastique !
 – Pourquoi ?
 – Parce que sinon les racines ne pourraient pas se développer et alors la plante ne pourrait pas se nourrir
 – Ha bon ?
– Vous non plus vous ne pourriez pas grandir correctement si on vous laissait enfermés dans des chaussures trop petites !
 »

 

 

Les parents attendent sagement d’être expressément invités à agir pour intervenir. Les enfants, eux, sont pris par l’excitation. Ils ont parfois tendance à précipiter leurs gestes. « Pas si vite l’arrosage, pas si fort, intervient Alexandre. Regarde : si tu arroses trop vite, trop fort, ça crée un trou, les racines se retrouvent à nu et vont sécher. La plante ne pourra plus se nourrir et risque de mourir. Il faut arroser doucement. Quand on jardine, il faut savoir prendre son temps ! ».

Un jardin a aussi besoin de suivi. Impossible de le laisser à l’abandon pendant les vacances ! Les enfants retrouveraient à leur retour leurs plantations crevées et l’expérience serait très contre-productive ! La Ville pilote l’implantation du jardin mais n’a pas pour autant vocation à s’en occuper ensuite à la place de ses petits bénéficiaires. Mais tout a été prévu : dans la durée, l’entretien du jardin est confié aux parents d’élèves et coordonné par les parents élus, avec bien sûr sinécessaire le soutien de la psychologue et de la directrice.

« – Comment appelle-t-on ces outils ? demande Alexandre pendant la distribution du matériel
 – Une pelle ! s’exclament les enfants
 – Oui. Pour être exact, ça c’est un transplantoir. Mais une pelle, c’est sans doute plus simple...
 – Un transplantoir, un transplantoir : on va essayer de s’en souvenir. Et on va essayer de se resservir du mot et comme de l’outil, assure Laure David, maîtresse en moyenne section ».

 

Il ne faut en effet jamais perdre une occasion d’apprendre un nouveau mot, d’en comprendre la nuance de sens, la nuance du geste et la nuance  l’intention qui vont avec. En l’occurrence, il ne s’agit pas seulement de pelleter mais bien de transplanter, c’est-à-dire d’extraire un végétal du milieu où il se trouve pour l’installer ailleurs.

Un volet linguistique, créatif et technologique

Le jardin est ainsi l’occasion d’enrichir son vocabulaire en français en même temps que ses savoirs et ses savoir-faire. Il est également l’occasion de s’ouvrir à la diversité des langues, lointaines ou régionales.

 

Projet environnemental et humain, le jardin de l’école Eugène Leroy s’affirme également dans sa dimension linguistique, l’école menant déjà des actions autour de la sensibilisation à la diversité des langues. En l’occurrence, il s’agit de créer une signalétique permettant à chacun de s’approprier le petit jardin. 

« – Les enfants ont voté et choisi d’appeler cet endroit Le jardin d’Eugène, rapport à Eugène Leroy bien sûr qui est le nom de l’école, explique Laure David. Nous avons connecté ce projet à un autre projet que nous menons sur le multilinguisme en demandant aux parents de traduire le nom du jardin dans les différentes langues parlées en famille, et elles sont nombreuses : malgache, arabe, turc, italien, espagnol, russe, roumain, basque... » 

 

 

Au Bois fleuri, et plus précisément au FabLab de la médiathèque, les parents ont été coachés par Vincent Mames et Jean Alvin, animateurs multimédia, en vue de la réalisation de la signalétique du jardin.

« – Une plaque de plus d’un mètre imaginée par les familles, indiquant le nom choisi collégialement pour ce jardin : Le jardin d’Eugène, donc. Elle associe un texte plurilingue et des illustrations en 3D, explique Marine Londechamp. La plaque finalisée sera dévoilée à tous lors de l’inauguration officielle du Jardin d’Eugène ».

Telle qu’imaginée et telle que réalisée au FabLab du Bois fleuri, la plaque représente un arbre dont les feuilles sont des mains d’enfants et de parents disposées comme autant de feuilles sur un tronc constitué de mots. Le tronc décline l’appellation Le jardin d’Eugène dans les langues de tous ceux qui ont bien voulu s’associer au projet.

Et les grands gagnants sont…

Les premiers bénéficiaires de ce jardin sont bien sûr les enfants qui bénéficient d’une surface de jeu agrandie et diversifiée. L’accès à un espace d’activité végétal est aussi une source de découverte de la nature et d’ancrage dans la saisonnalité pour ces enfants des villes dont l’horizon ne doit pas être exclusivement minéral.

 

 

Le jardin profitera également au même titre à leurs parents. Le projet offrant aux familles de multiples occasions de partage avec l’équipe éducative, les uns et les autres vont naturellement apprendre à mieux se connaître, se sentir davantage en confiance et créer des liens pour ainsi dire d’amitié. Les bénéficiaires de ce rapprochement seront… à nouveau les enfants : en cas de difficultés, les adultes qui s’occupent d’eux, à l’école ou à la maison, auront pris l’habitude de se concerter et ils sauront trouver ensemble les solutions les plus adaptées.

 

Tous auront également appris lors de cette aventure à respecter davantage la nature et auront pris goût au partage d’espaces non pollués. Gageons que non seulement plus personne n’abandonnera derrière soi des détritus mais qu’ils seront aussi nombreux, lorsqu’ils croiseront un déchet, à avoir le réflexe de le ramasser et de le mettre à la poubelle plutôt que de le laisser se détériorer durablement sur l’espace public. Le cadre de vie général du quartier pourrait s’en trouver sensiblement amélioré…

Le Jardin d'Eugène

Inauguration du jardin d'Eugène

 

 

Le terrain vague à usage de parking sauvage de l’école maternelle Eugène Leroy s’est métamorphosé en jardin gourmand.
Ce beau résultat a mobilisé et mobilisera durablement les efforts conjugués des enfants, des parents, des enseignants et des personnels municipaux.

 

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