Troupeau du Parc des Côteaux

« C'est important de reconnecter l'urbain et le rural »

Thibaut Nègre a fait sensation, le 19 juin, lors de la fête de l'Oasis de Carriet. Le « coiffeur » des 26 brebis du parc des coteaux, c'est lui !

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"Tu vois, même chez les moutons, il y a de l'attente chez le coiffeur, » explique cet après-midi-là une maman avisée à sa petite fille impatiente...

Le « coiffeur », c'est Thibaut Nègre, un natif d'Auros, près de Langon, qui partage son temps entre la France et la Nouvelle-Zélande.

« J'ai grandi dans un sac de laine. Mon père, tondeur professionnel comme moi, et ma mère, trieuse, m'ont transmis leur passion. Petit, je ramassais la laine. À 16 ans,  j'ai commencé à apprendre le métier auprès de l'équipe de France, en Australie, pendant la coupe du monde de tonte. Il y a 10 ans, à l'âge de 20 ans, je suis devenu professionnel. Je tonds pour des éleveurs, des particuliers, je fais des démonstrations comme aujourd'hui et je participe à des compétitions. »

« On a envie de toutes les tondre ! »

Le métier est difficile, technique et s'apprend sur le terrain. Les tondeurs, « payés à la brebis », sont souvent fils de tondeurs ou de bergers, contraints à une vie nomade et à un rythme saisonnier. « Les grosses journées, on tond 200 à 250 têtes. Des moutons, mais aussi des chèvres angora. En Nouvelle-Zélande, une journée de tonte, c'est huit heures effectives ! C'est fatiguant mais, là-bas, il y a des types qui sont toujours là, à 70 ans ! L'activité physique, ça conserve. Et puis, c'est une addiction, comme un virus. On a envie de toutes les tondre ! »
Ça tombe bien. De plus en plus de familles adoptent un ou deux moutons et font appel aux services de Thibaut. « Même en milieu urbain, il y a un renouveau, du moins en Gironde. C'est important de reconnecter, comme ici, le monde urbain et le monde rural. Et ce n'est pas fini, » prédit celui-ci. « Les jeunes sont plus portés sur l'écologie. Il y a même quelques éleveurs qui mettent des brebis dans les vignes. »

Adieux, bouclettes !

Quand Thibaut attrape une brebis, le geste est ferme mais doux, tout en souplesse. Les pattes en l'air, son oreille interne déboussolée, l’animal se laisse tondre dans un relatif apaisement. En un clin d’œil, le voilà soulagé de sa toison, prêt à rejoindre le troupeau d'un bond.

« Les brebis sont plus stressées par la foule autour que par la tonte elle-même. Et puis quand il y a une bergère, comme Rachel, elles sont plus calmes. Ce sont de belles brebis et il y a de bonnes conditions : il fait chaud et la production de lanoline (la sueur) facilite le travail. »

Âmes sensibles, rassurez-vous : la tonte n'est pas synonyme de maltraitance ou d'exploitation animale.

« C'est un échange qui rend service à tout le monde. Le mouton ne se prend plus dans les ronces, il est plus à l'aise, il mange mieux, il ne risque pas d'attraper des parasites qui pourraient le tuer. Et l'humain utilise la laine. »

On rêverait de porter des chaussettes ou des cols roulés estampillés « pure laine du parc des coteaux », confectionnés, pourquoi pas, par l'équipe des tricoteuses de la rive droite. Hélas, celle des brebis landaises est impropre au tricot. Les kilos de laine collectés le 19 juin (50 kilos maximum par brebis, même si celles de la rive droite sont des « modèles légers ») serviront à isoler des combles.

A noter que le troupeau de brebis fraîchement tondues pâture actuellement au parc de l’Ermitage. Il y sera jusqu’au 08 juillet. Vous pouvez l’approcher en respectant néanmoins les consignes strictes de sécurité : ne pas leur donner à manger, maintenir son chien en laisse et prenez garde aux clôtures électrifiées.

Le projet de pâturage du parc des Coteaux est porté par les communes de Bassens, Cenon, Lormont, Floirac et le Grand Projet des Villes Rive Droite, avec le soutien de Bordeaux Métropole, du Département de la Gironde, de Domofrance et Clairsienne.