Jeunesse, COVID-19, Etudiants

Camille, étudiante résiliente

Le Covid a fauché d’innombrables étudiants dans leurs rêves d’avenir. Privés de cours pratiques à l’université comme de petits jobs, beaucoup ont dû abandonner des études pourtant bien engagées. Parmi eux, Camille. La jeune lormontaise tente de rebondir avec détermination et créativité. Elle témoigne pour sa génération.

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La crise sanitaire liée à la Covid-19 pèse sur la santé mentale des jeunes Français avec des niveaux de troubles anxieux et dépressifs très supérieurs chez les 18-28 ans à ceux observés dans la population générale. Deux jeunes sur trois estiment que l’épidémie a des conséquences délétères sur son équilibre et son avenir. Est-ce à dire que la jeunesse déprime sans opposer de résistance face à l’adversité ? Certainement pas ! Mais il faut parfois plier pour ne pas céder.

Des études soudain interrompues

Camille Pouplier a 20 ans. Née à Lormont, elle a toujours été une passionnée d’art doublée d’une dessinatrice infatigable. Premier prix du concours de dessin Animasia2015 et bac avec mention en poche, elle s’engage avec détermination dans des études d’arts.

« C’était une évidence pour moi depuis toujours, confie-t-elle. Je n’imaginais pas faire autre chose ».

Désireuse de découvrir le vaste monde, Camille a emballé ses crayons et pris la route de Lille où l’attendait une place en fac d’arts plastiques.

La première année s’est déroulée sans accros, et la seconde était bien engagée… quand la Covid a stoppé net tous ses cours.

« Pendant le premier confinement, les profs n’ont pas trop su s’adapter, explique Camille. Notre formation était très axée Art contemporain, elle incluait beaucoup de performances qui sont irréalisables en visioconférence ».

Action créative réalisée par l'artiste et parfois avec le concours d'autres participants, une « performance » nécessite effectivement d’être présent sur le lieu de création et de partage... à l’instar du spectacle vivant.

« Pour toutes ces raisons, c’était compliqué pour nos profs de maintenir en enseignement pertinent en distanciel, poursuit Camille. Pour moi aussi, c’était très difficile de rester concentrée sur mon écran devant des cours uniquement théoriques et en étant enfermée tout la journée dans mon petit logement étudiant ».


Contrainte à quitter son logement

Privée d’accès à l’université et à ses ateliers, Camille n’avait plus accès au matériel de création habituellement mis à disposition. Son logement était trop petit pour y pratiquer des réalisations de tailles intéressantes. De même son budget était trop limité pour s’offrir une tablette graphique à même de pousser virtuellement les murs de sa chambre. Quand Camille a perdu son job étudiant, la situation est devenue intenable pour elle comme pour sa colocataire lilloise.

« Suivre les cours et payer mon loyer étudiant étaient impossibles, explique Camille. J’ai été forcée d’abandonner ma licence avant la fin de la deuxième année et je suis rentrée chez ma mère à Lormont ».

Sans diplôme. Sans travail. Sans objectif clair. Sinon celui de poursuivre dans l’art, d’une manière ou d’une autre.

« Je n’exclue pas de reprendre mes études plus tard mais je suis déterminée à attendre que la situation se stabilise et qu’il soit possible de les mener dans des conditions adéquates ».


L’expérience de nombreux étudiants

Les mésaventures de Camille n’ont rien d’exceptionnel. Elles témoignent au contraire, à divers degrés, du vécu d’une majorité d’étudiants.

Camille est restée en contact avec ses anciens camarades de fac.

« Si certains sont parvenus à valider leur année, à défaut d’avoir appris autant qu’ils l’espéraient, beaucoup sont en échec, explique-t-elle. Ils me disent que les cours en visio ne marchent toujours pas, qu’ils mangent des pâtes à tous les repas depuis des mois, faute d’argent. Tous sont déprimés voire en dépression ».

Le gouvernement a récemment ouvert les restos U pour 1€ à tous les étudiants mais cette mesure arrive trop tard pour Camille et plusieurs de ses camarades.

« Beaucoup ne savent pas quoi faire, hésitent entre poursuivre en mode dégradé ou arrêter les études pour tenter leur chance autrement ».

Ceux qui ont pris des crédits étudiants sont évidemment en difficulté : laissés sans compétences acquises ni diplômes mais avec des dettes bien réelles et les préoccupations qui vont avec.

Rebondir, au plus vite !

« Dès que je suis arrivée à Lormont, j’ai cherché du boulot », raconte Camille. J’ai eu la chance de réaliser une fresque murale pour des particuliers. Ça m’a occupée et gardé motivée ».

Forte de cette première expérience, Camille était décidée à poursuivre dans son domaine de prédilection. Mais pas en se reportant sur la fac de Bordeaux, parce que « l’année s’annonçait encore trop incertaine ». Plutôt en essayant de trouver d’autres emplois, petits ou grands, au plus proche de ses affinités.

« La Covid complique tout, mais toutes les mauvaises choses ont une fin », se raisonne Camille. L’épidémie ne doit effectivement pas être une raison pour abandonner tous ses rêves. Aussi se refuse-t-elle à tomber dans le piège du renoncement complet :« Je sais que si le monde de la culture est des arts est sinistré aujourd’hui, il ne le sera pas toujours. Et quand ça reprendra, je veux en être ! ».

En attendant, il faut bien vivre, progresser, trouver un chemin. Camille a trouvé un appui auprès de la Mission locale des Hauts de Garonne, laquelle informe, oriente et accompagne les jeunes de 16 à 25 ans.

Nouveaux projets, même objectifs

« J’ai d’abord rejoint un projet participatif proposé par la mairie. Il s’agissait de valoriser des dispositifs d’aides méconnus du public, retrace Camille. Nous avons réalisé une plaquette d’information que nous avons ensuite diffusée. C’était un projet intéressant, associant à la fois création et médiation, intéressant aussi parce qu’il n’y a pas d’art sans communication ».

Camille bénéficie depuis peu de la Garantie Jeunes et s’oriente vers un service civique.

« La Garantie Jeunes est un dispositif d’accompagnement à la recherche d’emploi proposé par la Mission locale, explique Camille. Il propose un accompagnement social, des ateliers de formation, des mises en situation professionnelle et une aide financière de près de 500 € par mois. Cette aide est très importante car elle me permet de reprendre un peu les rênes de mon indépendance et de rester très active dans mes recherches ».

Camille a maintenant la perspective d’un service civique, toujours dans le domaine artistique. Une occasion peut-être en or. Il s’agirait de travailler avec une artiste scénographe. « Il pourrait s’agir de création de décors, ça reste à préciser. J’attends confirmation d’un jour à l’autre ! ».

« On apprend davantage dans les épreuves », c’est connu, et « d’un mal peut sortir un bien » assure la sagesse populaire. Plutôt que de pleurer sur ses études perdues, Camille a repris sa vie en main. Coachée par les bonnes personnes, elle aborde son projet autrement mais avec une détermination accrue, une ténacité renforcée.

« Possible, se dit-elle que tout ça soit finalement une chance dans mon parcours… ».

Pour en savoir plus
sur Camille et ses réalisations : instagram.com/kamicarotte
sur l’accompagnement proposé par la Mission locale : lamissionlocale.com