Economie

Chaux et chanvre, une association prometteuse

Deux Lormontais bâtissent l’avenir grâce à une utilisation peu commune du chanvre.

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Disons-le tout net, le chanvre dont il est ici question réfère bien à la plante également connue sous le nom de cannabis… mais avec un usage sans lien avec ses propriétés psychotropes. Ce sont d’ailleurs ces propriétés et les contraintes réglementaires subséquentes qui ont détourné de son usage les honnêtes entrepreneurs du XXe siècle. Un jugement « à l’emporte-pièce » sur lequel on revient aujourd’hui, avec raison.

Deux archis lormontais

François Moreau et Alexandre Prout sont tous deux architectes. Séduit par un environnement « calme, ‘‘au vert’’ et en zone franche », ils ont choisi de s’installer à Lormont il y a près de dix ans. Lieu de résidence puis de travail, le 92 rue Lavergne est depuis 2015 l’adresse de leur agence commune : Plus architectes. Alexandre Prout et François Moreau y développent une vision l’architecture qui concilie durabilité, esthétique, environnement, confort et santé… le tout grâce à l’usage du chanvre en tant que matériau de construction.

Combinée à de la chaux, c’est-à-dire à des calcaires calcinés, la paille de chanvre constitue un matériau qui tient toutes ces promesses. L’occasion de tordre le cou à une autre idée reçue (depuis la fameuse histoire des trois petits cochons) : on peut construire durablement avec de la paille plutôt qu’avec des briques.

« Il s’agit d’un procédé réglementé déjà bien connu bien que peu utilisé. La mise en œuvre se fait sur le site de construction, par projection du mélange chaux-chanvre sur une ossature bois (en construction neuve) ou sur des murs existants (en rénovation) », explique François Moreau.

Une recette pleine d’atouts

Naturel et soutenable. Le chaux-chanvre présente l’avantage de recourir à des matériaux bio-sourcés. Mélangée à la chaux, la chènevotte (c’est-à-dire la tige du chanvre) constitue un liant naturel. Le chanvre étant exploité par ailleurs pour ses graines et sa fibre, la chènevotte est une ressource naturelle disponible.

« Confortable et économe. Le chaux-chanvre apporte un confort que des matériaux comme la laine de verre ou le placoplatre ne peuvent égaler. Le chaux-chanvre est un matériau perspirant, qui laisse passer la vapeur d’eau, permettant ainsi de réguler l’humidité », poursuit François Moreau.

Un peu plus coûteux à l’installation (de l’ordre de 20% en rénovation), le chaux-chanvre permet ensuite des économies d’énergie et assure une meilleure durabilité du bâti. Plus Architectes l’assure. Recouvert par ce mélange naturel, le mur sera mieux protégé et moins sujet aux moisissures que l’on observe parfois sur les murs isolés avec du synthétique. Un bénéfice pour le patrimoine mais aussi pour la santé des occupants.

« Cela offre une sensation de confort source d’économie énergétique : dans une maison où on se sent bien à 18 °C, inutile dès lors de monter le chauffage jusqu’à 21 °C comme on le voit trop souvent », précise François Moreau.

Déjà des chantiers d’envergure en Gironde

Primés par la Région et le Département, les deux architectes lormontais viennent de livrer à la Ville de Saint-Aubin-de-Médoc une salle d’exposition et un centre social, tous deux rénovés avec le chaux-chanvre. Une première dans la région pour un établissement recevant du public (ERP). Il s’agissait de redonner vie à un ancien presbytère du XVIIIe siècle demeuré un temps à l’abandon, d’en faire un bâtiment fonctionnel tout en en conservant le cachet.

« Nous développons également ce matériau sur des bâtiments privés. Dans le contexte environnemental d’aujourd'hui, il prend tout son sens », ajoute Alexandre Prout.

Un autre chantier est d’ailleurs en cours à Fargues-Saint-Hilaire, cette fois-ci en construction neuve sur ossature bois et pour des particuliers. Sa réalisation est l’objet de démonstrations sur site pour les personnes intéressées.

Le chaux-chanvre n’est pas une invention ni même une chasse-gardée de l’agence Plus architectes. Les deux associés conservent cependant, à l’échelle départementale, voire régionale, une « longueur d’avance » dans l’utilisation de cette spécialité.

Forts d’une expérience déjà conséquente dans ce domaine et conscients des contraintes inhérentes – pas facile de projeter ce mélange pesant sur des épaisseurs pouvant atteindre 20 cm ! – les deux associés travaillent aujourd’hui à l’amélioration de sa mise en œuvre. La réalisation de panneaux doublés à l’horizontal en atelier (plutôt qu’à la verticale et sur site) est une première piste prometteuse.

+d’infos www.plusarchitectes.fr