Anti-gaspi, Ecoles

Contrer le gaspillage alimentaire

La lutte anti-gaspi étant avant tout affaire d'éducation, une action pilote vient d'être lancée dans deux écoles de Lormont.

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« Avec ce que l’Europe jette à elle seule, on pourrait nourrir un milliard de personnes, soit l’intégralité des personnes qui souffrent de malnutrition dans le monde » indique l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.

C'est une raison suffisante pour se préoccuper du gaspillage alimentaire endémique. On peut sans mal en trouver d'autres.

Que de motivations !

Une nécessité environnementale : l'agriculture et l'élevage sont facteurs de pollution. L'élimination des déchets l'est aussi. Produire puis jeter, c'est nuire deux fois à l'environnement. Le site Zéro-gachis tient les comptes : « Sachant qu’il faut 1.000 litres d’eau pour produire un kilo de farine, chaque baguette de pain jetée à la poubelle correspond à une baignoire entière. Sachant qu’il faut 15.000 litres d’eau pour produire un kilo de viande, un rôti de porc ou un gigot d’agneau, c’est 70 baignoires pleines! »
Une nécessité morale : en restauration collective, un tiers des aliments finit à la poubelle, un animal d'élevage sur trois est abattu pour rien.
Une nécessité économique et de santé, enfin. En ne gaspillant plus, on peut économiser un tiers de son budget alimentation. De quoi s'offrir des aliments plus sains et plus éthiques.

Un partenariat Ville-Métropole

La Ville de Lormont s'engage aux côtés de Bordeaux Métropole dans une démarche de lutte contre le gaspillage alimentaire dans la restauration collective. Cette dernière l'accompagne pour la partie technique, logistique et méthodologique de l'opération. Pratiquement, elle assurera le travail statistique de traitement des données et d'extraction des préconisations tandis que la Ville assura le volet opérationnel auprès des enfants.

Lormont fait partie des 6 communes (sur les 28 que comptent Bordeaux Métropole)  à intégrer ce dispositif partenarial. Deux écoles lormontaises en sont parties prenantes : les élémentaires Marie Curie et Marcel Pagnol. L'opération anti-gaspi  se déroule pendant toute l'année scolaire dans ces deux écoles avant un possible déploiement sur toutes les écoles de Lormont.

Une approche scientifique pour sortir des idées reçues

La première phase débute cette semaine à l'école Marie Curie. Elle se poursuivra au retour des vacances d'automne à l'école Marcel Pagnol. A l'entrée du réfectoire, une belle affiche aux smileys colorés pose la règle : « remplir son assiette, c'est chouette. Si c'est pour la poubelle, c'est bête » et plus loin « manger, c'est bien. Jeter, ça craint ». Impossible de passer sans la voir, cette affiche. Mais suffit-il de la lire pour s'en approprier le message et ajuster son comportement en conséquence ?

L'opération anti-gaspi repose sur une double pesée. Dans un premier temps, Les adultes quantifient avec précision ce qui est servi aux enfants. Dans un deuxième temps, on pèse séparément chaque aliment non consommé donc jeté.

La pesée des aliments gaspillés s'effectue avec le concours des enfants afin de leur faire prendre conscience des volumes perdus. C'est l'occasion de quelques premières questions : « Tu es sûr d'avoir suffisamment mangé ? », « Pourquoi as-tu pris trois morceaux de pain si tu n'en manges qu'un seul ? », « Pourquoi as-tu laissé, toi, tout ton chou-fleur et, toi, tout ton poulet ? ».

Des enfants sensibilisés mais peu cohérents (comme nous tous)

Lino, Valentin, Hayley, Nawel, Tom, Antonio, Lana, Milla, Eliot et leurs copains et leur copines sont enthousiastes pour ce nouveau projet. L'environnement ? c'est une affaire sérieuse. Ils ont en tête plein d'idées et de bonnes résolutions, pour partie récitées, pour partie cris du cœur.

Un quart d'heure plus tard, premier bilan. L'un n'a pas aimé la salade de pommes de terre, pour l'autre c'est le chou-fleur qui ne passe pas, un troisième apprécie surtout le pain, le reste de la compagnie est trop occupé à rigoler pour se questionner sur le contenu des assiettes. « Regarde sous ton verre, t'as quel âge, moi j'ai 6 ans, et toi ? 13 ans ? Ha ha ha !» La cantine ? C'est avant tout un moment de détente. Après le sérieux de la classe, ça fait du bien ! Difficile de tenir en place et de se concentrer sur le contenu des assiettes.

La viande ? Avalée ou poussée dans un coin, sans avoir toujours été identifiée comme étant du poulet. Est-ce que c'est embêtant de mettre aux ordures un poulet qui n'a pas demandé à être là ? Ah... on ne s'est pas trop posé la question jusque-là. Il faudra y réfléchir. Promis ! Maintenant, vite : retourner jouer ; le ballon n'attend pas. 

Un projet au long cours

Le ballon n'attend pas et voici les enfants déjà partis jouer. Heureusement, le projet anti-gaspi ne s'arrête pas là. La prise de conscience viendra petit à petit, par la répétition.

Dans la foulée de cette première pesée, les agents municipaux qui encadrent la pause méridienne bénéficient d'une formation. Ils reçoivent un kit de sensibilisation à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Ils le mettront en œuvre auprès des enfants, jour après jour, tout au long de l'année.

En mai, les mêmes menus seront reproposés aux enfants. Les plats seront à nouveau pesés, en début et en fin de repas, selon les mêmes modalités. On pourra alors évaluer l'efficacité de la sensibilisation à travers la modification effective des habitudes. Restera à en tirer des conséquences pratiques. Cette initiative pourrait alors être déployée dans toutes les écoles de la commune.

Des actions comparables ont permis, ailleurs, de réduire le gaspillage de 20% en moyenne (source Ademe). Fera-t-on mieux à Lormont ? Et surtout : les nouvelles habitudes anti-gaspi seront elles appliquées aussi à la maison et durablement ? Tous les espoirs sont  permis. A suivre...