Jardin partagé, Santé

Du champ à l’assiette

Les premiers légumes ont été plantés au Grand Tressan. Un projet intercommunal en faveur d’une alimentation locale et de qualité.

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2500m2 de prairies, situées en bordure de rocade et jusqu’ici sans vocation particulière, trouvent aujourd’hui de nouveaux usages. Ce foncier fait aujourd’hui l’objet d’une expérimentation de maraîchage urbain mené dans le cadre du Projet alimentaire de territoire de la rive droite.
Les sols ont été préparés cet hiver et l’espace clôturé.

«  Un sol argilo calcaire très lourd et difficile à travailler en raison des conditions météo pluvieuses, explique Rachel Lagière, directrice de l’association le Conservatoire du goût. Pour augmenter nos chances de réussite, nous avons favorisé des variétés solides et anciennes, aux qualités gustatives affirmées ».

 Ainsi courgettes, concombres, pastèques, potimarrons et poivrons, quelque 1500 plants issus de la micro ferme de la Burthe à Floirac, ont été plantés le mois dernier par le Conservatoire du Goût et l’entreprise adaptée Ho’Travail.

 

Circuit hyper court

Les premières récoltes de légumes produits en agriculture biologique sont attendues début juillet. Ils seront transformés par la cuisine centrale de Lormont pour être servis cet été aux enfants des centres de loisirs et aux personnes âgées puis aux enfants des restaurants scolaires en septembre et octobre.
Cette production locale reste pour le moment insuffisante pour couvrir les besoins en légumes des 2000 repas produits chaque jour à Lormont. Mais elle pourrait démontrer qu’un autre système est possible, même si, comme le précise Rachel Lagière « cette expérimentation menée sur une petite surface et sur une saison estivale mériterait d’être tentée à plus grande échelle ».
Pour Carole Viel, directrice de la cuisine centrale de Lormont,

« la difficulté d’un tel projet est d’estimer les quantités et la temporalité. Il peut y avoir une grosse production sur un temps très court comme de faibles quantités et dans ce cas il faudra compléter auprès de nos fournisseurs habituels. Cette phase d’expérimentation va nécessiter de faire preuve d’adaptation et de souplesse. L’équipe de production exploitera toutes ces compétences pour transformer une courgette en crudités, en purée ou en poêlée. Elle fera preuve d’imagination pour proposer sous leur meilleur profil un navet ou un poivron. Ce qui est certain, c’est que la demande de produits locaux, issus d’une agriculture biologique se développe ».

 

Pédagogie et lien social

Au-delà de la production légumière, le projet a aussi pour objectif la formation et la sensibilisation du public. Ainsi des activités pédagogiques, des visites, des animations seront proposées en direction des scolaires, des centres de loisirs mais aussi des familles pour initier à la biodiversité et inviter à mieux se nourrir.
Il est encore tôt pour se prononcer sur la viabilité d’une telle expérimentation, mais les Municipalités sont fortement engagées dans ce projet de territoire qui est par ailleurs lauréat de Quartiers Fertiles et soutenu par l’ANRU. Un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pourrait être lancé par le GPV pour trouver un ou plusieurs porteurs de projets capables de poursuivre et de développer la démarche. A terme, ce sont 3 hectares qui pourraient être cultivables sur le site du Grand Tressan. De quoi couvrir 40 % des besoins en légumes bio nécessaires à la restauration collective sur Lormont.

 

Le Projet Alimentaire de Territoire de Bassens, Lormont, Cenon et Floirac, coordonné par le GPV Rive Droite, est mené en lien avec un programme de recherche-action du CNRS et de l’INRAE.

 

Des légumes en ville

Benjamin Chambelland, chercheur du CNRS et associé au GPV Rive Droite, anime le Projet alimentaire de territoire de la rive droite. Il nous livre son regard sur ces nouvelles formes d’agriculture en milieu urbain.

 

"De nouvelles pratiques agricoles émergentes permettent le développement de l'agriculture en ville. Les initiatives se multiplient et prennent plusieurs formes. Sur la rive droite, par exemple, nous avons opté pour l’agroécologie qui utilise des techniques de production respectueuses de l’environnement et qui s’intègre au paysage urbain. C’est une agriculture qui revient aux fondamentaux, avec des cultures adaptées aux climats et à la nature des sols, qui vise à préserver les ressources naturelles et à proscrire l'utilisation de produits chimiques."

Produire autrement

"Ces nouveaux modèles d’agriculture démontrent que l’on peut cultiver autrement sur des surfaces plus petites et de façon tout aussi efficace. La micro ferme de Floirac est un modèle viable sur 5 000 m². On est loin des 30 000 m² exploités en agriculture classique, par ailleurs souvent dépendante des produits chimiques. Il est donc possible de produire sur des petites surfaces, d’avoir du rendement en optimisant les surfaces de production tout en respectant l’environnement. Ces modèles agricoles sont en revanche très complexes. Ils exigent non seulement de solides connaissances, de la technicité et de la précision mais aussi de diversifier le modèle économique".

Se reconnecter à la nature

"L’agroécologie, comme tous les modèles d’agriculture nouvelle, n’est pas uniquement une technique économique et productive. C’est aussi une alternative sociale, centrée sur les dimensions de formation et d’éducation. L’agroécologie est une agriculture proche des habitants, qui va de pair avec le regain d’intérêt pour le contact à la nature et le retour à une nourriture plus saine et de proximité. L’endroit où l’on fait pousser les légumes est un support d’approvisionnement mais aussi un espace social, éducatif, de formation, de partage. Autrefois, l’exploitation agricole était un lieu de forte sociabilité : toute la vie du village était tournée autour d’elle. Un modèle aujourd’hui presque oublié que les nouvelles formes d’agriculture réhabilitent progressivement. Outre les bénéfices environnementaux, l’agriculture urbaine permet de répondre à des enjeux sociaux. Elle constitue ainsi un formidable moyen d’amener les citadins à se reconnecter à la nature et de les aider à se réapproprier leur alimentation. Elle permet de mieux comprendre le chemin parcouru de la graine à l’assiette… C’est en cela que l’agriculture en ville a toute sa légitimité sur nos territoires ".