Médiathèque

Hicham Nazzal : «Je suis fier d'être un enfant de Lormont»

Lormontais de naissance, Hicham Nazzal est devenu acteur, puis écrivain. Devant le public lormontais, à l'occasion de la Nuit des bibliothèques, il a réaffirmé son attachement à sa ville natale.

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Rien n'est écrit. Et pourtant tout, ou presque, est dans les livres. Ceux des autres, qu'Hicham Nazzal dévore depuis l'enfance, mais aussi dans le sien, les Nuits indomptables*, un premier roman noir, très noir. « Il y a beaucoup de moi et de mes névroses dans ce roman. J'y ai mis beaucoup de mes réflexions sur le temps qui passe, la maladie, le regard de l'autre, comment la différence, et le fait de ne pas l'accepter, peuvent mener au pire. Je n'ai occulté aucun sujet. J'assume ce côté 'cash'. C'est un thriller psychanalytique et poétique, une déambulation dans Paris qui commence dans un train au départ de Bordeaux. » Le personnage principal est un être antipathique, un anti-héros. Le négatif de l'auteur. « Je suis plutôt solaire, » confie-t-il.

« On dit que les acteurs sont impudiques mais l'écriture l'est encore plus. C'est très intime, très introspectif. La noirceur du livre a étonné beaucoup de monde. Ils pensaient que j'allais écrire une bluette ! »

Le second, déjà en route, sera, c'est promis, plus drôle mais pas moins profond.

La bibliothèque, l'école et le centre social : trois lieux déterminants

Depuis ce premier livre, mûri pendant deux ans, Hicham Nazzal mène de front ses deux carrières d'acteur et d'écrivain. « L'écriture permet de rester alerte. C'est un sacerdoce, même si le métier d'acteur est loin d'être une récréation. » Pour cet enfant de Génicart, la comédie fut sans doute une façon d'approcher la littérature avec les mots des autres, avant de lui offrir les siens.

« Je m'étais juré d'écrire un livre avant mes 40 ans. Le désir de culture est arrivé très tôt chez moi, et l'école républicaine et laïque m'a permis de me former. »

Avant de quitter Lormont à l'âge 18 ans pour poursuivre des études de langues à Paris, il fréquente, outre le stade d'athlétisme, trois lieux déterminants : la bibliothèque, l'école et le centre social. « Enfant, je passais mes mercredis après-midi dans « la cabane »,  la mezzanine de la bibliothèque du Bois fleuri, à dévorer Tom Tom et Nana » avant de passer à la littérature plus costaude, motivé par « des profs de Français qui m'ont émerveillé. Mes parents mettaient un point d'honneur à ce qu'on travaille à l'école. Pour moi c'était un terrain de jeu. Pendant les vacances scolaires, il me tardait d'y retourner. J'étais premier de la classe, mais j'étais plutôt drôle. » Un jour il passe la porte du centre social et découvre le théâtre d'improvisation. « Je pensais que le théâtre était réservé aux gens qui avaient de l'argent mais là, tout était gratuit ! J'avais envie d'être comédien. C'était mon secret... même si je l'ai dit à tout le monde ! »

Des rencontres cruciales, de l'audace et du travail

En 2002, il est repéré par une agent et débute dans la série Navarro. « Je me retrouvais dans ma télé, cet écran qui m'avait fait rêver ! C'était possible ! Et en même temps irréel. Je pensais qu'un fils de maçon comme moi ne pouvait être que maçon. Mais comme le dit Boris Cyrulnik dans son livre un Merveilleux Malheur, on peut tout réparer. » Rien n'est écrit...

Libéré de la destinée et du déterminisme social, Hicham Nazzal peut tout absorber, s'ouvrir au monde et aux rencontres. « C'est une question d'intuition et de travail. Si la démarche est sincère et motivée, on rencontre des gens qui vous ouvrent des portes. Après 17 ans de carrière, je ne suis plus 'l'arabe de service', le comédien qui joue des rôles de terroriste. Je représente la France telle qu'elle est aujourd'hui. Je peux être un avocat qui s'appelle Julien. »
Aujourd'hui Lormont a bien changé mais Hicham Nazzal n'a rien oublié. Sa jeunesse avec ses cinq frères et sœurs, dans la tour les Cimes, aujourd'hui disparue, la solidarité entre les voisins, la mixité culturelle et humaine. Une vraie richesse qui le lie à jamais à ses origines.

 

*les Nuits indomptables (Plon) - 2018

Samedi 12 octobre, à l'occasion de la Nuit des bibliothèques, la médiathèque du Bois fleuri organisait une rencontre animée par Jean-Michel Dauriac de l'Université populaire des Hauts de Garonne. Un échange passionnant entre Hicham Nazzal et Stéphane Crabbié, philosophe et écrivain, lui aussi lormontais.