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Il était une fois "Héritières"

Première victoire pour Douze Films et son prochain court métrage de fiction, Héritières. Le financement participatif lancé en septembre dernier est bouclé à 100 %. Le tournage peut démarrer.

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Il n’aura fallu que 4 mois, de septembre à décembre, pour réunir la somme : 12 100 euros. Un « budget de survie », un sésame qui ouvre à la réalisatrice, Lauranne Simpere, et à l’équipe de Douze Films les portes vers le tournage.

Qui sont les généreux donateurs, désormais co-producteurs du film à venir ?

« Des proches, bien sûr, mais aussi des anonymes, raconte la réalisatrice. Certains vivent à Montréal, aux États-Unis ou en Australie ! Mais l’Auvergne a beaucoup donné. Nous avons un cercle de soutien clermontois très actif ! Ça fait du bien de se sentir soutenu. »

Des soutiens, du financement à la finalisation


Ce n’est pas la première fois que Douze Films fait appel au financement participatif, mais jamais pour un projet aussi ambitieux qu’Héritières.

« Ça a demandé beaucoup de temps et d’énergie. Nous postions régulièrement des vidéos, des entretiens avec des spécialistes pour « nourrir » la collecte et donner à voir le projet, poursuit la réalisatrice. Le financement nous a permis de nous lancer, de commander les costumes et de réserver les lieux de tournage, notamment aux Bardenas, en Espagne. »

 

L’équipe et les comédiens viennent d’y partir, après des dépistages Covid-19 négatifs pour chacun. 

Là encore, l’entraide et les appuis ont joué à plein. Un courrier de recommandation de la Ville de Lormont, qui soutient depuis longtemps le travail créatif et éducatif de Douze Films, a incité la Ville des Bardenas à offrir des tarifs d'accueil de tournage préférentiels.

Sauf rebondissement sanitaire, le reste du tournage se déroulera en suivant dans la métropole bordelaise. La post-production devrait avoir lieu cet été, la musique originale être créée dans la foulée et le film achevé à l’automne.

La destinée d’Héritières

Écrit une première fois en 2014 dans un pur style western, le scenario a fait l’objet d’une réécriture pendant le confinement du printemps 2020. C’est une version plus contemporaine qui verra sous peu le jour.

« Ça fait un an qu’on pense Héritières, qu’on lit Héritières, qu’on vit Héritières… Ça fait du bien de se lancer dans l’action, surtout avec ce qu’on traverse en ce moment, témoigne Lauranne Simpere. Notre travail n’a pas vraiment été ralenti par la crise sanitaire. Les deux volets que nous avons développés avec Douze Films nous permettent de nous plonger dans la création quand on est moins sur les interventions d’éducation à l’image avec les jeunes. Mais l’incertitude, les changements de programme, l’adaptation au jour le jour, ça devient usant. »

Dans ces conditions, difficile de savoir quand et comment sera diffusé le film. « Dans un monde idéal, il y aurait une projection pour nos donateurs-coproducteurs. On l’inscrirait dans un festival et il pourrait avoir un parcours en salle. »
On se plaît à imaginer un passage à Clermont-Ferrand, à l’occasion du festival international du court métrage… mais c’est encore une autre histoire.

« Sergio Leone est notre phare dans la nuit, explique Lauranne Simpere. Nous nous sommes inspirés des codes de ses westerns, de ses images et de son propos, pour écrire le scenario. Comme dans les westerns spaghetti, les personnages ont des caractéristiques et des personnalités très fortes. 

Dans les films de Leone, les héros sont des tueurs, des affreux, des crasseux, des brutes et des truands, face à des puissants plus propres sur eux, mais moralement ignobles. « L’intrigue du film se tisse entre la France et l’Amérique latine. Pour nous, le lien est direct avec les conquérants d’aujourd’hui, les multinationales qui ont main mise sur l’argent. »

La culture amérindienne tient une place centrale dans le scenario. Tout comme le déplacement des peuples autochtones et leur survie face aux multinationales, dont Lauranne Simpere a fait l’expérience en travaillant au Brésil il y a quelques années. « Chez les Amérindiens, les figures emblématiques, les voix qui s’élèvent, sont souvent féminines. »

Sergio Leone a beau avoir donné un rôle magnifique à Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l’Ouest, le genre est d’habitude plutôt « macho », si ce n’est misogyne. Or, le western façon Douze Films est féminin, voire féministe.

« Les rôles principaux sont attribués à des femmes, oui. Mais elles peuvent être de méchants bandits comme des héroïnes positives. L’intrigue laisse une belle place aux personnages masculins. Il ne s’agit pas d’opposer l’homme et la femme. C’est juste un western avec des femmes, réalisé par une femme ».

 

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