Environnement, Propreté urbaine, Jeunesse

« La terre c’est notre affaire » l'application du CME

La devise de Pandoo Action, appli développée par les jeunes citoyens de lormont, en dit long sur les ambitions de la jeunesse en matière de­ développement durable. Pierre Courbin, animateur du Conseil municipal des enfants et de l’association Les jeunes engagés, permet un point d’étape sur la réalisation de ce GRAND projet.

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Expérience préalable

Tout a débuté il y un an et demi alors que le Conseil municipal des enfants et l'association junior  « Les Jeunes Engagés » travaillaient à la création des Mascottes de l’environnement. Une installation était prévue dans tous les sites lormontais fréquentés par la jeunesse… mais ce déploiement a été stoppé par la Covid-19.

 

Jeunesse on-line

Les jeunes citoyens lormontais avaient commencé à collaborer avec leurs homologues de Blasimon (Gironde) sur le projet de jardins partagés. De nombreux échanges de bons procédés étaient déjà initiés. Les jeunes lormontais se sont ainsi naturellement questionnés pour trouver la manière la plus efficace de communiquer entre eux.
Issus de la génération smartphone, les jeunes consomment beaucoup de tutos et en produisent parfois aussi. Ils y ont recours instinctivement et s’en sortent très bien pour les manipuler. C’est leur univers, leur logique. C’est ainsi que leur est venue l’idée de créer une application numérique qui réponde à trois objectifs : valoriser les projets, transmettre de l’expérience et favoriser l’entraide. La « gamification », c’est-à-dire la dimension ludique s’est ajoutée bien plus tard, toujours dans une idée d’efficacité.

 

Un projet partagé

Ce projet d’appli est un projet commun des enfants du «Conseil municipal des enfants» (CME), groupe d’enfants élus pour 2 ans parmi les élèves de cours moyen, et des « Jeunes Engagés », une association junior créée à l’initiative d’anciens du CME qui souhaitaient continuer à s’investir dans la citoyenneté à Lormont, et au-delà. À noter que certains seront bientôt majeurs. Les plus âgés ont d’ailleurs l’intention de créer une association Loi 1901 qui constituera une troisième instance à même de garantir une continuité de leurs projets dans le monde des adultes.

 

Soutien de la ville et du conseil départemental

Les jeunes citoyens ont répondu à l’appel à projet du Conseil départemental de la Gironde dans le cadre de son premier budget participatif. Les jeunes y ont gagné le regard et l’aide des techniciens du département, ce qui était déjà intéressant. Lauréat de ce budget participatif, le collectif lormontais a décroché une subvention de 20 000 € du Conseil départemental qui est venue s’ajouter au 5 000 € déjà accordés par la mairie de Lormont. Cela lui a permis d’initier son projet. Cela et la mise à disposition des animateurs Pierre Courbin et Morgane Martin, lesquels ont coaché les jeunes avec efficacité et au plus près de leurs envies, mais sans jamais les en déposséder.

 

Mise en concurrence

Comme pour tout projet public nécessitant de l’investissement, aucune dépense n’a été engagée à la légère. Les jeunes ont fait établir plusieurs devis avant d’accorder leur confiance à l’agence de développement Definima, de Gradignan.
Definima a été informé du projet par Robert Antony, du Conseil des sages de Lormont, qui suit également le dossier de près. Cela n’a bien sûr pas dispensé Definima de répondre à une mise en concurrence en bonne et due forme. Definima était la seule à proposer aux enfants de participer aux ateliers de conceptualisation. Un point essentiel pour les jeunes qui souhaitait garder la main sur leur initiative. Projet génial et approche très intéressante qui a tout de suite enthousiasmé Richard Désobry, gérant de cette agence web.

 

Déjà un recrutement

La junior asso a ensuite pris contact avec l’IUT informatique de Pessac afin de recruter un de leurs étudiants : Kevyn Fyleyssant. Cet étudiant s’est fortement investi, au point de faire de cette action son projet de fin d’études. Son implication lui a permis de valider son DUT.
Pour mener à bien la programmation de l’appli, Kevyn a été intégré, en tant que stagiaire, à l’équipe de Definima. L’expérience acquise chez Definima dans ce cadre vient de lui valoir un recrutement dans cette agence web, en contrat de qualification. À la rentrée, il pourra ainsi poursuivre ses études à plus haut niveau, avoir une rémunération et de valider davantage encore d’expérience professionnelle. Si on poursuit l’aventure avec Definima, Kevyn pourra continuer de piloter le développement de l’appli en phase 2.

 

Gamification

Kevyn et les jeunes ont commencé les ateliers de conception mi-avril : graphisme, lexique... et gamification. La « gamification » comme l’appelle les startupers, ou « ludification » en français classique, concerne l'utilisation des mécanismes du jeu appliqué à d’autres domaines, a priori non-ludiques. La gamification investit notamment les situations d'apprentissage et parfois celles du travail. Son objectif est d’augmenter l’acceptabilité de diverses pratiques en s’appuyant sur la prédisposition humaine au jeu.
La dimension ludique n’était pas dans le projet de départ, mais elle en sera moteur.

« Est-ce qu’on fait juste une application de présentation ou bien est-ce qu’on y ajoute des éléments qui donnent envie d’y revenir souvent ?» se sont demandés les jeunes.

Les Lormontais ont alors demandé à Kevyn de réfléchir à différents petits jeux : des variantes de Pacman, de Tetris, de Casse-briques revus dans l’esprit du développement durable. Pour le casse-briques, par exemple, il pourra s’agir de dégommer des déchets.

Structurer l'application

Les jeunes ont aussi défini l’architecture de l’application, notamment ce qui sera accessible à tous les visiteurs et ce qui ne sera accessible qu’aux collectifs dûment inscrits. Il s’agit en effet de créer des groupes un peu partout dans le département, comme celui déjà constitué à Blasimon, et de les mettre en réseau.
Quand ces groupes mèneront des actions (par exemple ramasser des papiers dans les pelouses), ils pourront témoigner en textes et en images sur l’appli. Cela leur vaudra des points qui s’ajouteront à ceux acquis en jouant aux petits jeux écolos. L’ensemble permettra de valoriser chaque mois l’équipe la plus engagée parmi les petits girondins. Les réseaux du conseil général, notamment le réseau des collèges, permettront de constituer rapidement ces groupes. Les jeunes lormontais souhaitent aussi organiser des « actions totems » permettant aux jeunes de toute la Gironde de se retrouver autour d’actions communes.

 

Partager l'expérience

« Dans la section de l’appli réservée aux groupes inscrits, on pourra partager des expériences, comme celles des Mascottes de l’environnement à Lormont ou celle des poubelles d’été à Blasimon. Le parcours sera ainsi balisé pour d’autres groupes qui voudraient réaliser une initiative similaire » racontent les jeunes.

 

 

Projet validé

En juin, Les jeunes ont présenté le travail réalisé à M. le maire et aux représentants du Conseil départemental. Tous se sont montrés enthousiastes. C’était aussi l’occasion de dévoiler le nom de l’appli, « Pandoo Actions », son logo, un petit panda qui serre la terre dans les bras, et la devise de l’appli : « La terre, c’est notre affaire ! ». Également imaginé par les jeunes, ce logo attachant est une création d’Anthony Rigaud, étudiant de 3e année en licence professionnelle webdesign sensoriel, et également stagiaire chez Définima.

 

Et maintenant

En juillet, Charles, le patron de Definima, viendra proposer le cahier des charges fonctionnel et la maquette de l’appli. Cela permettra de travailler à la réalisation proprement dite, c’est-à-dire la production des contenus.
Pour cette seconde phase, qui nécessitera de nouveaux investissements, il convient de mener une nouvelle consultation pour savoir avec qui les jeunes poursuivront l’aventure. Les jeunes aimeraient poursuivre avec Definima et avec Kevyn, reste à savoir si leur budget le permettra…

 

Trouver des financeurs

Les caisses sont à ce jour quasi-vides. Mais rien n’est perdu. Le département, financeur principal du projet, est tout à fait d’accord pour un financement public-privé. Armés du cahier des charges et de la maquette, les jeunes vont partir à la recherche des quelque 5 000 € nécessaires.

« Les Jeunes engagés vont prendre leur plus belle chemise et leur plus beau sourire et aller solliciter des fonds de dotations privés »

s’amuse Pierre Courbin.

Il est optimiste. Il a déjà accompagné les mêmes jeunes dans des démarches similaires et avec succès pour leur projet « Un sourire à l’hôpital ».

 

Rester aux manettes

Déléguer le développement de l’appli à une entreprise low-cost serait la formule la moins coûteuse mais aussi la moins satisfaisante. Tous préféreraient rester sur une formule comme celle mise en place avec Definima et dans laquelle les jeunes lormontais participent activement. Leur envie est grande de prendre part au codage des petits jeux, en s’asseyant derrière l’ordinateur aux côtés de quelqu’un qui, comme Kevyn, maîtrise le sujet.

 

Bientôt, bientôt !

Sur la base de nouveaux devis à la rentrée, la phrase de développement pourrait démarrer dès l’automne dans l’idée d’un déploiement en 2022. Entre-temps, les jeunes du CME auront tous terminé leur mandat. La plupart souhaitent poursuivre l’aventure au sein de la junior asso, ce qui porterait l’effectif de cette dernière à une quarantaine d’adolescents : un maximum pour en assurer l’encadrement. Ceux d’entre eux qui vont atteindre la majorité créeront une asso loi 1901, laquelle s’étoffera au fur et à mesure. De quoi poursuivre tous les projets en cours (l’appli, mais aussi Jardins partagés et Sourire à l’hôpital) et en initier d’autres. À suivre !

 

Point de vue d’Evan Cassiau, responsable du projet Pandoo actions :

« Nous sommes très heureux, car l’application voit le jour au fil des semaines. Il y a un an l’idée de créer cet outil naissait de nos différents échanges. Quelques mois plus tard, nous avons construit la première étape de conceptualisation. L’application a un nom, un logo, nous savons à quoi elle ressemblera.
Nous sommes fiers d’avoir réussi à mettre en place une logique de partage communautaire à destination des jeunes qui veulent s’impliquer autour des enjeux du développement durable. Nous avons voulu proposer une logique de gamification dans laquelle ceux qui le souhaitent pourront se constituer une équipe afin de mettre en avant leurs projets.
Nous espérons que l’application sera prête pour la fin de l’année 2021.
Durant les vacances scolaires, nous allons débuter une phase de communication afin de proposer cet outil au plus grand nombre ».