Musique

Maïna : La voix du partage

En résidence au Rocher de Palmer depuis le mois d’octobre, la chanteuse sénégalaise Maïmouna Sourang dit Maïna est venue à deux reprises à la rencontre du public lormontais.

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Issue d’une famille de notables Mourides* de Saint-Louis, il n’a pas été facile pour Maïna de faire reconnaître son talent de chanteuse et de compositrice par ses pairs. Traditionnellement réservé à la caste des griots, il est particulièrement mal perçu qu’une jeune femme d’une lignée très religieuse ambitionne de faire carrière dans la musique. Mais la chanteuse de 26 ans a du caractère et a su imposer ses choix.

« J’ai été et je suis toujours religieuse. J’ai fait l’école coranique et j’en suis fière mais j’ai toujours développé un esprit critique. Je ne laisse personne me raconter des fadaises ou tenter de m’empêcher de faire ce qui me semble bien »,  affirme Maïna.

Elle se singularise aussi par son goût pour les musiques anglo-saxonnes et son détachement de la musique populaire typiquement sénégalaise comme le Mbalax,  Maïna a réellement quelque chose d’un peu rebelle...

Plus d’une vingtaine de mini-concerts sur la scène bordelaise

Repérée dans le cadre de « Visas pour la Création » de l’Institut français de Saint-Louis, elle commence à acquérir une bonne notoriété au Sénégal où elle se produit dans les bars, les clubs et les centres culturels.

« Je suis autodidacte, j’écris mes textes et je compose ma musique à l’oreille. J’aime cette spontanéité dans la création et le contact direct de la scène. Je m’adapte à tous les publics et j’ai la même approche et le même respect pour toutes les personnes qui viennent me voir. Que la salle soit comble ou au deux tiers vide, je me donne à 200 % », confie-t-elle.

À l’occasion de cette résidence artistique, Maïna se produit sur de nombreuses scènes de la métropole bordelaise. Plus d’une vingtaine au total. Elle est venue à deux reprises à la rencontre du public lormontais. De passage dans un premier temps à la RPA, elle a littéralement envoûté le petit groupe de résidents venu l’écouter. D’une voix chaude mêlant texte en français, anglais et Wolof, elle exprime dans une subtile pop soul tout son amour pour son pays et ses racines mais aussi ses questionnements sur l’humain et les sentiments qui nourrissent l’existence. Elle a su créer un contact très convivial, un moment de partage intimiste d’une rare authenticité.

« Au Sénégal, il n’existe pas de maison de retraite, les anciens vivent avec la famille. Chanter pour un public de personnes âgées me touche beaucoup, c’était une grande première pour moi et cela m’a permis d’apprendre énormément, notamment sur moi-même », explique Maïna.

Puis elle a également proposé un show case  en acoustique, accompagnée de sa seule guitare, à l’auditorium Paul Méry de la médiathèque du Bois fleuri. Une nouvelle fois, la magie a opéré. Troubadour émancipé des temps modernes, de sa voix profondément humaine, Maïna ne fait l’éloge que de nos doutes et de nos espérances.
A découvrir absolument.

 

* Mouridisme : confrérie soufie sunnite qui joue un rôle religieux, économique et politique prépondérant au Sénégal.

+ d’infos : www.lerocherdepalmer.fr