Santé, COVID-19, Solidarité

Martine : Infirmière retraitée mais toujours sur le pont

Les soignants sont en première ligne face au coronavirus. Martine, infirmière à domicile, vient de prendre sa retraite après 42 ans de travail, dont 28 comme libérale sur Lormont. Une fin de carrière bien éloignée de celle qu'elle avait imaginée... Rencontre.

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Après 42 ans de carrière, la retraite devait sonner comme un repos bien mérité pour Martine Baillieux. Infirmière libérale à Lormont, elle était loin de se douter qu'elle aurait à affronter une situation sanitaire d'une telle ampleur, qui plus est à quelques semaines de prendre sa retraite.

Elle revient sur ce mois de mars, marqué par le début du confinement et une montée en charge du Covid-19 en France.

« La première semaine de confinement nous a plongés dans une autre dimension, une situation très anxiogène en raison du manque d'information et de matériel de protection ».

Même si la Gironde est un département peu touché par le virus, les professionnels de santé de proximité sont en première ligne, à l'hôpital, dans les Ehpads comme à domicile.

Gérer ses peurs et rassurer

« L’approvisionnement en masques a été assez problématique. Nous n'en n'avions pas au début, ni même de sur-blouse, de gants ou de gel. Puis, nous avons eu droit à deux masques par jour à retirer à la pharmacie ainsi qu'à 2 à 3 paires de gants. Mais c'était trop peu pour travailler surtout dans des quartiers d'habitat collectif où l'on touche les poignées de porte et les boutons d'ascenseurs plusieurs fois par jour. J'avoue avoir eu peur pour moi à ce moment de la crise ».

La crainte d'être elle-même contaminée. Mais cette crainte bien naturelle qu'elle éprouve ne durera pas bien longtemps... Très vite la fibre soignante reprend le dessus, et Martine imagine des combines simples et de bon sens pour protéger ses patients et se protéger un mimimum.

« Je m'occupais d'une trentaine de patients, dont la moitié sont des personnes âgées voire très âgées. Il a fallu les rassurer, dédramatiser les images de la télévision, expliquer les gestes barrière, le lavage des mains. Expliquer aussi que c'est pas parce qu'on porte un masque qu'on est contaminé. Bien sûr, on passe beaucoup plus de temps auprès de chacun, et cela rallonge les tournées. Mais on se doit de le faire. Aucun de nos patients n'étaient positifs, mon collègue et moi n'intervenions que pour des soins basiques et de la surveillance ».

Difficile à encaisser

Reste que tout cela est assez éprouvant. Et même si la situation sanitaire à Lormont est plutôt satisfaisante, le confinement au début est loin d'être respecté par tous. Une situation inacceptable pour Martine qui avoue avoir été désemparée face à la désinvolture constatée lors de ses multiples tournées.

«  Mes collègues soignants et moi-même, nous sommes sentis bien seuls et incompris au tout début du confinement. Les gens étaient dehors, à discuter, à s'amuser, à se balader et toi tu arrives voir un patient, tu es masquée, tu prends toutes les précautions possibles. C'était un décalage complet. Les gens n'avaient pas pris conscience de la gravité de la situation. Sans compter les voitures de soignants fracturées, le vol de matériel, la suspicion des patients eux-mêmes qui ne voulaient plus que tu rentres chez eux. On n'était pas loin de la psychose. C'est difficile à encaisser quand, par ailleurs, tu tentes de faire ton boulot et de rassurer au quotidien ».

Toujours mobilisée... si nécessaire

Martine a depuis début avril laissé sa place à Hélène. Infirmière expérimentée, cette dernière reprend le flambeau dans des circonstances très particulières, même si la situation sanitaire à Lormont demeure correcte. Le cabinet d'infirmiers est le troisième mobilisable sur Lormont par l'Agence régionale de santé en cas de montée de l'épidémie de Covid-19. Martine l'ex-infirmière est à la retraite mais n'en reste pas moins mobilisée et disponible pour prêter mains fortes à ses collègues en activité si la situation sanitaire évoluait.

« La retraite ce sera pour plus tard... Je n'ai jamais connu de pandémie et je n'avais pas du tout imaginé ces conditions de départ. J'ai l'impression d'avoir volé quelque chose à mes patients. Confinement oblige, je n'ai même pas pu dire au revoir à certains d'entre eux que je soigne depuis 20 ans. Et pour moi c'est un déchirement. J'espère qu'après cette crise, quand la situation sanitaire le permettra, je pourrai passer chez chacun d'entre eux leur faire la bise ».