Environnement

Parc de l'Ermitage : re-végétalisation et attention requises

« La nature, ça vit tout seul ». Pas sans certaines conditions, surtout en ville ! Les espaces naturels urbains exigent des soins, du respect et du temps pour se régénérer. Exemple au parc de l'Ermitage qui doit bénéficier d'une re-végétalisation d'urgence.

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Comment concilier préservation de la nature et plaisir humain ? La seule alternative à la limitation quantitative de la fréquentation consiste en une amélioration qualitative, c'est-à-dire en l'obtention d'un respect absolu des sites les plus exposés. Le parc de l'Ermitage a été conçu en ce sens. Les cheminements en béton et les passerelles sur pilotis ont vocation à permettre la visite du plus grand nombre tout en protégeant la faune et la flore. Entre l'intention et le résultat, il y a malheureusement un pas... un pas aussi intangible mais décisif que celui qui peut nous faire quitter le droit chemin. En sortant des sentiers balisés, une minorité d'ignorants s'offre un plaisir défendu et éphémère. La jouissance du parc s'en trouve amoindrie puis perdue pour tous.

« Là où l'Homme, égoïste et prédateur, assouvit intensément et durablement ses besoins sans tenir compte des autres vivants, la nature s'efface puis disparaît. Parfois pour toujours », déclare Emmanuel Nagoua, technicien écologue de la Ville de Lormont.

Un défi pour la Ville, un défi pour les visiteurs

Pour conserver le plaisir d'une promenade nature en ville, il faut accepter de renoncer à une partie de ce plaisir. Le ménager pour le faire durer. Sacrifier la jouissance immédiate et insouciante du hors-pistes au profit d'un bonheur durable et partagé, pour les années et les générations futures.

« La flore et la faune ont besoin de conditions favorables pour se développer. Pour les animaux sauvages, par exemple, de zones où ils peuvent se nourrir, se reposer, se reproduire et se protéger. Les espaces naturels peuvent se renouveler de manière indéfinie sauf si nous exerçons sur eux une pression de prédation ou de dérangement à la fois forte et durable. Le parc de l’Ermitage est aujourd'hui un espace sur fréquenté. Les incivilités et le manque de respect ont un impact négatif, à la fois sur le milieu naturel et sur le vivre ensemble ».  ».

De nombreux Lormontais n’ont pas hésité à témoigner de leur indignation. Les berges et le plan d'eau sont menacés. Il était urgent d'agir.

Régulation et re-végétalisation

La Ville a d’abord mené l’an dernier une régulation piscicole dans le plan d'eau. Il s'agissait d'éliminer (autant que faire se peut) les espèces invasives qui détruisent la faune et la flore de l'étang : 40 kg de carpes koï, et 17 kg de black bass et de perches  soleil ont été sortis du plan d'eau où ils ravageaient les autres espèces, amphibiens en tête.

Ces dernières semaines, et avec retard dû au confinement et à la sécheresse, la Ville a procédé à la re-végétalisation des berges. Il s’agit de lutter contre l'érosion et l'effondrement des berges dans le plan d'eau, d’améliorer la biodiversité animale et végétale en lui ménageant un espace sanctuarisé où prospérer et d’améliorer les qualités paysagères en offrant au regard une variété de plantes à observer. 25.000 euros ont été consacrés à cette opération de sauvetage.

Avec ordre et méthode

Une clôture a d’abord été installée sur toute la partie nord-ouest de la berge afin de la rendre inaccessible aux baigneurs, aux chiens et aux ragondins amateurs de jeunes pousses.  Des géonattes et fascines en fibre de coco pré-végétalisées ont ensuite été posées. Elles sont fixées dans l'eau avec la bonne orientation et à la bonne profondeur pour se développer en largeur et conserver leur intégrité sur toute la longueur de la zone traitée. Cette continuité est évidemment fondamentale pour toute une petite faune aujourd'hui très raréfiée.

Pour convenir à ces espèces dans toute leur variété, et pour le plaisir des yeux aussi, ces bandes pré-végétalisées comportent les jeunes pousses de nombreuses espèces de plantes hélophytes, c'est à dire amatrices de substrats gorgés d'eau. Parmi elles, on reconnaîtra l'iris des marais, l'eupatoire à feuille de chanvre, la lysimaque commune, la salicaire, la menthe aquatique, le myosotis des marais ou encore la véronique des ruisseaux également connue sous le nom de cresson de cheval.

Plus de prévention et plus de répression

Comment s'assurer que les visiteurs les plus « insouciants » ne saccageront pas tant d'efforts ? Un nouvel arrêté a été pris, permettant à la police municipale de sanctionner les conduites préjudiciables. Rappelons que, pour les raisons énumérées plus haut, il est interdit de faire du vélo, de la moto ou du quad. Interdit de faire des feux de camps. Interdit de se baigner, de pécher, de cueillir et d'arracher les végétaux. Interdit enfin de promener les chiens sans laisse, de les laisser se baigner et à fortiori de les laver dans le plan d'eau.

« La baignade, humaine comme canine, fragilise les berges qui s'effondrent dans l'eau. Elle trouble la limpidité de l'eau en remuant la vase. En suspension dans l'eau, puis déposée sur les végétaux, les particules empêchent la photosynthèse et perturbent l’oxygénation de l'eau jusqu'à disparition complète des herbiers puis de la faune qui y vit et s'y nourrit ».

Qui vivra verra...

Seul le temps dira si ces efforts seront payants, si les visiteurs auront su s'imposer suffisamment de discipline pour permettre à la nature de reprendre ses droits là où elle désertait. La suite de cette re-végétalisation des berges est toute suspendue aux premiers résultats visibles... et dépend, il faut bien le dire, essentiellement de chacun de nous.

+d'infos
Direction des services techniques et de l'urbanisme
05 57 77 63 86

Lormont, Ville nature