Fauconnières – Claire Soubrier & Margot Sokolowska

Exposition de Claire Soubrier et de Margot Sokolowska autour du thème de la féminité.
Cette exposition s'est déroulée du 14 septembre au 26 octobre 2019

 Comment incarner l’image de la féminité dans ce  qu’elle a de multiple ? Comment traquer l’universel dans l’illusion du particulier ? Comment montrer de façon sensible ce que l’on souhaite malgré tout cacher ?

Autant de questions qui traversent et éclairent d’une lumière malicieuse les oeuvres des artistes Claire Soubrier et Margot Sokolowska. Chacune d’elle possède un langage plastique singulier. L’une est peintre, l’autre photographe.

Claire Soubrier met en scène « l’autre » dans des images où le visage et le corps sont omniprésents. Margot Sokolowska se réclame du hasard qui lui permet des découvertes inattendues. Leurs armes ludiques désamorcent les pièges des stéréotypes qui encombrent le plus souvent la représentation féminine.

Elles déconstruisent les cloisons artificielles dans lesquelles on souhaite contenir l’image de la femme. Elles créent pour cette exposition des héroïnes à l’image des dames chasseresses de l’Antiquité ou du Moyen Âge, deux fauconnières contemporaines s’incarnant dans un dispositif théâtralisé.

Fauconnières – Claire Soubrier & Margot Sokolowska (bande annonce)

Livret pédagogique

Ce livret, réalisé par le Centre d’arts de la ville de Lormont, est un document à visée pédagogique destiné aux enseignants.

 

 

Du 14 septembre au 26 octobre 2019, Claire Soubrier et Margot Sokolowska inauguraient la saison culturelle 2019-20 avec Fauconnières, une exposition où les deux artistes interrogent le corps féminin et ses multiples incarnations. Chacune d’elle possède un langage plastique singulier. Margot Sokolowska est peintre, Claire Soubrier photographe. Toutes deux désamorcent les pièges des stéréotypes qui encombrent la représentation féminine pour nourrir de nouveaux récits.

Claire Soubrier met en scène « l’autre » dans des images où le visage et le corps sont omniprésents. Elle se réfère aux codes de la publicité, de la mode et réalise des tirages papiers sous forme d’affiches géantes placardées aux murs. Elle les suspend aussi dans l’espace, sous l’aspect de grands kakemonos en tissus. Entiers ou morcelés, les portraits qu’elle propose sont des objets à la fois ludiques (couleurs vives, postures exagérées, déguisements) et porteurs de réflexions sur les frontières entre genres et sexe.

Depuis 2017, elle poursuit une série de portraits de femmes Promenons nous dans le moi, photographiées dans leur intimité domestique (cuisine, salon, terrasse). Comme coupés en deux, leurs bustes sont dénudés jusqu’aux épaules. Leurs visages se détachent sur un fond blanc immaculé tandis que le reste de leurs corps demeure vêtu. Le contraste est saisissant, joue avec le cacher et le montrer, met en résonance image publique, image privée.

Le corps et son intimité font également partie des œuvres de Margot Sokolowska, comme dans la série Suaires partiels et Terrain de (je)ux. Elle utilise son propre corps comme modèle et le met en scène au cœur de paysages végétales imaginaires ou dans des zones urbaines comme les aires de jeux. L’identité de l’artiste n’est jamais dévoilée. Elle se représente soit de dos ou le visage caché par sa chevelure. De toile en toile, nous reconnaissons un être semblable et qui pourtant devient autre.

Cette figure féminine est un être hybride, charnel et architectonique, souple et rigide à la fois. L’artiste nous place au cœur de la scène, nous devenons voyeurs. Margot Sokolowska, comme Claire Soubrier, travaille sur la dissimulation et le dévoilement, la confrontation entre le public et l’intime.

Mais ce n’est pas ici leurs seuls traits d’unions. L’exposition présente leurs travaux en vis-à-vis, offrant au spectateur une vision où s’alternent et dialoguent les dispositifs des deux artistes. Elles ont pour l’occasion élaboré des œuvres spécifiques dans lesquelles elles deviennent le modèle l’une de l’autre, adoptent les tenues et les attitudes l’une de l’autre.

Ainsi, Margot Sokolowska dessine Claire Soubrier portant la jupe blanche de la peintre dans Suaires partiels et Claire Soubrier photographie Margot Sokolowska vêtue et maquillée comme dans ses clichés happening.

Pour Fauconnières tout est parti d’une réflexion sur une figure féminine forte, l’image d’une dame chasseresse de l’antiquité ou du Moyen-Âge. Chacune s’est emparée du symbole du faucon pour inventer une allégorie mythologique: deux fauconnières contemporaines. Le faucon rapace diurne représente la lumière, la virtuosité. Passeur entre le ciel et la terre, il exprime une lien spirituel, comme Horus, dieu égyptien capable de clairvoyance. Oiseau de proie redoutable il est indissociable de la chasse et confère à qui le possède puissance et noblesse.

Cette exposition a mis en exergue la singularité de leur pratique artistique : le corps comme support, le corps comme langage, le corps comme véhicule d’un récit identitaire. A travers leurs œuvres Margot Sokolowska et Claire Soubrier posent un geste performatif qui porte une parole dans l’espace public.

 

Claire Soubrier

Claire Soubrier est photographe plasticienne. Ces deux mots ont leur importance, car elle n’utilise pas la photographie comme une fin en soi, mais comme un outil de théâtralisation de ses actions.

Elle réalise des dispositifs qui font partie de l’œuvre finale comme celui utilisé dans sa série Promenons nous dans le moi, pendant que le vous n’y est pas. Il s’agit d’un fond et d’un plateau blancs qui encadrent la tête et le buste des femmes photographiées.

 

Claire Soubrier, par ce procédé, crée une brèche dans l’unité de l’image. Ce « cadre portatif » uniforme annihile la profondeur et tranche avec l’ensemble du décor qui fourmille de détails (meubles, tissus colorés, tapis…). Séparés du reste de leurs corps, les bustes paraissent plus grands. Les visages ainsi soustraits à leur environnement évoquent les images publicitaires : le teint est lisse, les cheveux bien coiffés, les lèvres sont d’un rouge vermillon. L’effet est si efficace que l’on pense de prime abord à un photomontage.

 

 

Claire Soubrier parvient à fabriquer un instant poétique, où le modèle nous échappe et révèle son intériorité. Quelle est finalement la partie intime ici dévoilée ? L’espace privé de la maison, du chez soi, ou la part interdite des femmes icônes, prisonnières des canons de beauté et de jeunesse?
Parmi les dispositifs qu’elle affectionne, la photographe s’adonne volontiers aux gros plans. Elle s’intéresse aux détails de la peau, à la texture des cheveux et des poils, aux courbes des cils et des lèvres. Quelques gros plans sont ensuite agrandis transformant les rapports de proportions au corps et à l’image. Ces fragments révèlent la part la plus charnelle de son travail, comme dans sa toute dernière série réalisée sur Margot Sokolowska. Sortis de leur contexte, ils existent pour eux mêmes, laissant libre cours à notre imaginaire. Certains clichés prennent alors une teneur érotique: lèvres pulpeuses au rouge vernissé, grains de beauté et duvet de la peau.

 

 

 

Cette charge érotique est parfois exploitée plus directement comme dans Fresh new Women et Fresh new men, mais dans un but différent. Ici, il s’agit de jouer avec les codes du fard, de la séduction et des attributs des genres. Ainsi hommes et femmes portent indifféremment le même rouge à lèvre et sont cadrés de la même manière.

 

 

L’esthétique développée dans les clichés de Claire Soubrier est à double tranchant : elle se veut à la fois critique d’un mode de représentation réducteur du corps soumis à la répétition des stéréotypes. Mais elle prend aussi le risque de le « marchandiser » et de l’enfermer dans une quête égotique.

Toutefois n’oublions pas l’aspect ludique de son travail et l’utilisation de la performance comme une dimension supplémentaire à ses propos (vidéos, GIF animés…) Dans sa version des Fauconnières, sept grandes bâches imprimées sont suspendues dans la salle. Les deux artistes, placées au centre nous toisent, hiératiques, géantes. Elles sont entourées d’images évocatrices de plumes, de feuilles de laurier tels attributs magiques.

 

Margot Sokolowska

Margot Sokoloswka nous livre une peinture proche de la performance. Elle se définit par ailleurs comme peintre performeuse. Utilisant son propre corps comme modèle, elle le contraint dans des poses difficiles et instables qu’elle capture à l’aide d’un déclencheur photographique. Ces clichés forment un répertoire de postures et de décors qui participent à la composition de ses tableaux, comme dans les séries Suaire partiel et Terrain de (je)ux.

Diplômée en photographie artistique, il est naturel que ce médium fasse parti de sa panoplie d’artiste. Ainsi ses photographies nourrissent son imaginaire de peintre et témoignent de ses actions menées dans différents lieux publics (parcs naturels, parcs de jeux urbains…). Elle proposera en continuité de son travail sur ce long jupon blanc qu’elle nomme Suaire partiel, un happening intitulé Performance 49 dans la célèbre galerie itinérante bordelaise La Tinbox.
Margot Sokolowska, comme nombre d’artistes contemporains, s’inspire de pratiques et de références artistiques diverses (performances, installations, dessins, peintures figuratives ou abstraites, œuvres anciennes ou actuelles).

Margot Sokolowska, comme nombre d’artistes contemporains, s’inspire de pratiques et de références artistiques diverses (performances, installations, dessins, peintures figuratives ou abstraites, œuvres anciennes ou actuelles).

De ses toiles, deux gammes chromatiques se dégagent : une lumineuse et douce qui traduit la clarté du jour, la communion du corps avec les éléments naturels .

« Les couleurs froides, le vert et le bleu dominent les toiles, contrastant avec la longue jupe blanche construite à partir d’une géométrie de formes en transparence. Nous entrons ici dans un Paradis profane où le désir féminin s’offre sans pudeur aux joies de la peau dénudée goûtant pleinement en pleine nature toutes les sensations terrestres »
Christian Malaurie, extrait sur l’exposition Nous n’iront pas tous au paradis.

L’autre gamme est composée de nuances sourdes, de noirs et de teintes saturées qui nous plongent dans une nuit sans trêve.

La peinture de Margot Sokolowska ne s’encombre pas de l’illusion de la profondeur, au contraire, elle s’attache à dénoncer la frontalité. L’artiste crée de puissants contrastes entre les ombres appuyées et la surface lisse de grands aplats de couleurs. La perspective se redresse et le fond de l’image surgit au premier plan.

 

 

Toutefois, dans les dessins sur Les fauconnières qu’elle réalise autour de Claire Soubrier, elle nous propose une facture différente, composée de dégradé de gris légers à la mine graphite. Les portraits se détachent du fond grâce au papier laissé nu à l’arrière plan. Pas de décors, seules les expressions du modèles et les angles de vues rythment le regard. Nous sommes témoins des sentiments intérieurs qui anime cette dame chasseresse : la fougue frondeuse, le doute, la sérénité... Le trait se fait plus sensuel, souligne l’abandon du modèle endormi, frôle alors la disparition. 

 

 

 

Enfin, n’omettons pas la charge érotique et sexuelle du travail de Margot Sokolowska, très présent dans sa série Terrain de (je)eux. Peint telle une poupée désarticulée et sans vie, son corps est moulé par des vêtements étroits et courts. Attirant le regard, ils épousent le renflement des seins, remontent jusqu’à la naissance de l’entrecuisse. Cette sexualisation de la représentation crée une tension érotique et un malaise. Elle pointe les fantasmes masculins liés à l’image de la femme : la soumission, la disponibilité, la séduction permanente.

 

L’exposition Fauconnières met en lumière des œuvres esthétiquement différentes, ne serait-ce que par les médiums investis par les deux artistes. Claire Soubrier et Margot Sokolowska nous parlent de la représentation de la femme en art et dans la société. Elles s’inscrivent de fait dans l’héritage des femmes artistes.

 

Femme et artiste

La question du statut de la femme artiste et de son rôle dans l’histoire de l’art reste encore minoré. L’émancipation féminine est liée aux revendications d’une corporéité. « Le corps est le siège du pouvoir » nous dit Foucault. Les femmes en ont toujours subit les conséquences. Leur liberté passera et passe encore par la réappropriation de leur corps. De nombreuses artistes ont œuvré dans ce sens, inventant leur propre récit, désacralisant les conventions moralisatrices, revendiquant l’utilisation sereine de leur corps. Ce paragraphe se propose de balayer succinctement l’histoire de l’art au féminin via les deux médiums principaux de l’exposition, à savoir la peinture et la photographie.

Aux origines

Les difficultés des femmes artistes résident dans les fondements philosophiques et religieux de notre civilisation. Ces fondements considèrent la femme avant tout comme un réceptacle, une matrice incapable d’insuffler la pneuma : l’âme. Ce constat réduit la femme à un être passif, inférieur au principe masculin de l’action et de la pensée (cf. Aristote). L’éloquence, l’acte performatif est viril par nature. Il en va de même en art. Pourtant dès l’antiquité on a connaissance de femmes artistes aux dons exceptionnels. Les dogmes religieux reprendront le principe d’infériorité de la femme, ajoutant la notion de pêcher et de faute morale sur le corps des femmes.

Moyens âge et renaissance

Pendant des siècles on refuse aux femmes toute qualité « d’invention » nommée l’imitare, c’est à dire la capacité à insuffler l’essence de la vie, à conceptualiser une œuvre dans sa totalité.
Bien que l’on reconnaisse le talent indéniable de certaines « peinteresse », on les cantonne aux genres dits inférieurs à la peinture d’histoire ou religieuse comme la nature morte, les miniatures. On pense alors que leur aptitude à copier fidèlement un modèle (le ritarre) est en adéquation avec la bienséance morale. Il est inconvenant, voire douteux qu’une femme puisse faire preuve de compétences dites viriles. Par ailleurs les ateliers leur sont interdits. Malgré cela, quelques-unes accéderont aux savoirs des grands maîtres en fréquentant les ateliers de leurs propres géniteurs.

 

 

Entre l’exigence et l’exaltation des vertus dites féminines : virginité, chasteté, piété et la virilisation comme principe explicatif du talent, la place des femmes artistes oscillent entre la virgo (la vierge) et la virago (femme au comportement masculin), entre l’erreur ou le miracle de la nature (cf. propos de Martine Lacas, in Des femmes peintres).

Ainsi lorsqu’une femme atteint un niveau de reconnaissance intellectuelle, elle est accueillie sous couvert de virginité, ou sous l’accusation d’une sexualité débridée et lubrique. Les femmes peintres se devaient d’afficher leur probité. Ainsi on retrouve dans un autoportrait de Sofonisba Anguissola (qui ouvrit la voie à bien d’autres) l’annotation suivante marqué sur la page du carnet qu’elle tient dans les mains : Virgo seipam fecit : je l’ai peint vierge.

De plus la femme artiste se doit d’être belle afin de répondre à la qualité première que l’on exige d’elle : incarner la beauté. La figure allégorique de la peinture n’est-elle pas représentée sous les traits gracieux d’une jeune femme ? Contradiction suprême ou malhonnêteté intellectuelle, les femmes artistes et belles sont systématiquement réduites à leur beauté.

Leur talent passe en second plan. On dénigre leur peinture en les accusant d’user de leurs atours pour arriver à leurs fins comme se fut le cas pour la célèbre portraitiste Elisabeth Vigée Lebrun.

Mais les femmes dépassent ces écueils, justement en maniant l’art du portrait et en particulier de l’autoportrait (un registre qu’on leur concédait peu). Elles s’émancipent à travers des mises en scènes remplies d’inventions , et transcendent le genre. Elles évacuent la représentation du cadre domestique classique et se représentent comme des personnalités fortes et cultivées (cf. le magnifique portrait de famille de Sofonisba Anguissola). Elles affirment l’image d’un être actif, qui pense et qui conçoit tel Artémisia Gentileschi dans son fameux Autoportrait en allégorie de la peinture.

 

XVIIIe et XIXe siècle

Il faudra attendre la fin du XVIIe siècle pour que la peinture d’histoire leur soit accessible.

Au XIXe siècle elles n’ont toujours pas accès aux grandes institutions. L’entrée aux Beaux-Arts, comme à la faculté par ailleurs, leur est interdite. Toutefois les premières écoles artistiques mixtes voient le jour (académie Julian) et propose des ateliers exclusivement féminins. Durant cette période, de grandes artistes parviendront à se faire une place aux côtés de leurs homologues masculins. On pense entre autre à Rosa Bonheur, Berthe Morisot ou Mary Cassat qui ont accompagné les premiers mouvements de la modernité picturale.

L’invention de la photographie

Mais l’événement charnière qui permettra aux artistes femmes d’écrire l’histoire de leur corps et de prendre leur autonomie est l’avènement de la photographie. Dès ses prémices (autour de 1830), la photographie fascine car elle permet d’explorer ces territoires éloignés de la réalité que sont l’imaginaire et le rêve.

 « A la lumière de l’histoire de l’art, leur manière de s’emparer de la photo­graphie révèle leur faculté à se rallier intuitivement à ses possibilités concep­tuelles… Leur proximité avec ce médium tient précisément à leur difficulté d’être femmes et artistes à la fois qui fait écho au dédain dans lequel on tint d’abord la photographie ». Federica Muzzarelli, in Femmes photographes. Privées de leur propre identité, les femmes s’engouf­frent dans la brèche. « La photographie du corps féminin par les femmes, permet aux femmes elles mêmes de se reconnaître en tant qu’entité féminine en dehors des attentes masculines... »
Federica Muzzarelli, in Femmes photographes, chap. Le miracle du miroir.

 

Le XXe siècle

Les femmes peuvent alors entreprendre un travail d’introspection, incarner d’autres rôles, interroger et mettre en scène leur sexualité (voyeurisme, travestissement). « Le médium photographique est la meilleure arme pour le jeu de genre et le jeu sexuel » (Jennifer Blessing). On pense à des artistes comme Claude Cahun qui fut une des pionnières dans ce domaine.

 

Rapidement, la photographie devient un matériau en soi avec lequel on peut jouer plastiquement: découpages, collages, surimpressions. C’est l’avènement du photo­montage, de Dada et des surréalistes. Le corps vole en éclats et des artistes comme Anna Höch pose un regard critique sur la place des femmes dans la société. Elle fabrique des images inquiétantes de femmes objets aux corps monstrueux, écrasés par le désir masculin.

 Les mouvements performeurs :

« Depuis toujours, femmes et photographie tentent de récupérer deux territoires dont elles sont bannies : la corporéité, et l’action.

Dans les années 1960 -1970 le corps devient l’intermédiaire, et le matériaux privilégié des actions artistiques » (Federica Muzzarelli, in Femmes photographes), en écho aux révolutions sociales et culturelles de l’époque.

L’un des courants phare de cette période prendra d’ailleurs le nom de Body art. C’est la montée en puissance de la performance. Certaines figures font parties des références artistiques de Claire Soubrier et Margot Sokolowska comme Cindy Sherman, Orlan, Marina Abramović ou Natalia LL (Lach-Lachowicz)...

De nos jours

L’art du corps implique « des conflits entre autorisations et interdiction, entre contenu latent et contenu manifeste… imagination destructrice et imagination cathartique. Voilà la raison pour laquelle l’art des femmes est souvent un art du corps et du corps en action »
(Federica Muzzarelli, in Femmes photographes).

Ce propos reste vrai à l’aube du XXIe siècle et nombre d’artistes femmes engagent encore leur corps dans leurs œuvres, signe que le combat n’est pas achevé. Certaines questions comme la domination, l’hyper­sexualisation du corps féminin, le non-accès à l’espace public restent d’actualité.

Biographies des artistes

 

Claire Soubrier

Née en 1982, Claire Soubrier travaille entre Paris et le Pays Basque. Diplômée des Beaux-Arts de Nantes, elle a continué sa formation à l’ECAL en Suisse. Depuis 2008, Claire Soubrier crée des séances et des événements photo performatifs et participatifs invitant ceux qui le veulent à venir poser et participer à une œuvre d’art.

Ses dispositifs architectoniques destinés à éprouver l’image et parfois le corps de ceux qui veulent bien s’y soumettre, mettent en jeu notre identité ou plutôt celle du spectateur. Sensible à l’humain et à la beauté, Claire Soubrier met en scène « l'autre » dans des images où le visage et le corps sont omniprésents. Les personnes qu’elle photographie ne sont pas des modèles professionnels, ce sont des gens ordinaires. Par le biais des installations qu’elle met en place, elle modifie ses modèles, les transforme, les fige, cherchant à les rendre objet, presque sculptural.

Depuis 2016, Claire Soubrier se lance dans plusieurs grands projets comme Promenons-nous dans le moi où elle constitue une collection photographique de portraits de femmes dans un dispositif. Les cent premiers portraits ont fait l’objet d’une exposition personnelle en 2017 à Bordeaux, sur les grilles du jardin des Dames de la Foi organisée par l’association Le labo photo et d’une édition publiée avec les Editions T en décembre 2018. Elle a été finaliste du concours de la « Bourse du talent édition 75, mode et transversalité » en 2018.

Quelques expositions personnelles parmi les plus récentes

  • 2019
    Fresh New Men, Les Glacières, Bordeaux.
    Fresh New Women, Salle des Fêtes du Grand Parc, Bordeaux.
  • 2018
    – Photos - Le Cyel, La Roche sur Yon.
  • 2017
    Promenons-nous - Mairie de Bordeaux & Labo révélateur d’images, Jardin des Dames de la Foi, Bordeaux.
  • 2009
    Facing landscape - Galerie Regala, Bordeaux 

 Site internet

Margot Sokolowska

Une artiste multiple : peinture, performance et photographie.

En 2002, Margot Sokolowska devient diplômée de l’École Nationale des Beaux-Arts de Lodz en Pologne. Son diplôme récompensé par un prix d’excellence a été présenté au Musée Central du Textile de Lodz, dans le cadre de l'exposition "Le meilleur diplôme 2002". Elle a réalisé de nombreuses expositions individuelles et collectives. Ses œuvres figurent dans des collections particulières en France, en Pologne, aux États-Unis et aux Pays-Bas.

Depuis 2005, elle continue son parcours artistique en France. Elle expose à Bordeaux à la Galerie Atelier rue du Hâ en février 2006, au Centre culturel Paul Bert en novembre 2008 et décembre 2010 et à la Bibliothèque Château Tauzan en juin 2010.

Alors qu’elle a, pendant de nombreuses années, rejeté la figuration au profit de la photographie et de l’abstraction géométrique au sortie de ses études d’art, elle renoue depuis 2013 avec la peinture figurative pour devenir elle-même la matière première de son œuvre. Sa formation aux Beaux-Arts de dessin et de peinture lui ont apporté des bases classiques solides qui lui permettent aujourd’hui d’avoir une grande liberté dans sa pratique d’artiste plasticienne. De la rigueur de son enfance passée en Pologne, elle garde un besoin de mystère. Ici, en France, il lui semble que tout est possible, cette liberté elle l’exprime à travers la peinture, la vidéo, la photographie ou la performance.

Quelques expositions personnelles parmi les plus récentes

  •  2018
    Ubiquity, Margot Sokolowska/Nadia Russell Kissoon, performance dans Tinbox Mobile Gallery #6 La Biennale de Kochi 2018,India.
    Halte , Galerie Tinbox Mobile. Place du Palais, à Bordeaux.
    Performance 49 à la Tinbox Contemporary Art Gallery, place du Palais, Bordeaux. Dans le cadre de Bordeaux Galeries Week-end #5
    L’attente est déjà une rencontre, Château Paloumey. Ludon-Médoc.
  • 2017
    (Je)ux t’en prie, Galerie Tinbox. Dans le cadre de : « PLAYGROUND ». L’Agence Créative,à L’EHPAD Le petit  Trianon.
  • 2016
    Terrain de (je)ux, le36Arles, photographies.Les Rencontres d’Arles.

 

Site internet

Bibliographie

Adultes

  • Femmes : mythologies, Erich Lessing et Philippe Sollers, Impr. nationale. Paris, 1994
    Un hymne à la femme, inspiratrice de l'art, ce livre d'une grande richesse iconographique aborde de nombreux thèmes, des Vénus paléolithiques aux nus des peintres modernes.
  • Femmes photographes : émancipation et performance (1850-1940), Federica Muzzarelli, Hazan, Paris, 2009
    Douze femmes artistes qui se sont illustrées dans la photographie sont présentées : A. Austen, G. Arndt, V. Oldoini, H. Cullwick, A. Brigman, C. Cahun, J.M. Cameron, C. Hawarden, H. Höch, T. Modotti, L. Riefenstahl, Madame Yevonde. Leurs clichés marquent l'émancipation des femmes et la prise de possession de leur corps par l'image.
  • La photographie : Du daguerréotype au numérique,  Quentin Bajac, Ed. Gallimard, 2010
    Pour comprendre le parcours de ce médium tant décrié à ces débuts et qui à présent fait pleinement partie de l’Histoire de l’Art. La photo est devenue un paradoxe à l’ère du numérique : la pleine reconnaissance artistique, culturelle et économique et le déclin de ses usages historiques et documentaires face à la concurrence des images animées. La photo continue de nous fasciner car elle ne cesse de se réinventer...

Jeunesse

  • Photographie contemporaine, Floriane Herrero,  Palette,  2013
    Une excursion dans toutes les pratiques et sujets de la photo contemporaine pour mieux en percevoir les enjeux actuels.
  • Femmes artistes, Mélanie Gentil, Palette, 2019
    Si les femmes sont extrêmement présentes dans l'art occidental en tant que personnages figurés, force est de constater qu'elles le sont beaucoup moins en tant qu'artistes. L'image sociale de la femme peintre, sculptrice ou photographe fut longtemps déconsidérée. Pour faire tomber ces obstacles, il a fallu des combats politiques et esthétiques, marqués par un féminisme à la fois courageux et créatif.
  • Portraits, Valérie Mettais, Palette, 2012
    Le portrait occupe une place centrale dans notre sociale ou privée. La peinture et la photographie en témoignent pleinement. De l’Antiquité au début du troisième millénaire, ce livre présente 80 œuvres qui composent une galerie étonnante, du portrait de Fayoum au détournement des grands classiques comme le Joconde.
  • Jeux de portraits, Laura Berg, Cécile Gambéni, Actes Sud Junior, 2012
    Un cahier d'activités pour découvrir l'art du portrait, vieux de milliers d'années. Décrypter les mystères des portraits de Vélazquez, dessiner à la manière d'Arcimboldo, apprendre à distinguer les différents points de vue ou dessiner son autoportrait... On apprend en jouant avec les secrets et techniques de cet art délicat, en s'appuyant tour à tour sur des études, des œuvres de maîtres, des dessins d'anonymes ou des photographies contemporaines.
  • Body art, Floriane Herrero,   Palette,  2018
    Appréhender la diversité des formes du Body art, outil d’émancipation, de critique sociale, de provocation, mais aussi de poésie et d’imaginaire. Comprendre pourquoi au XXe et XXIe siècle le corps est devenu un support, le véhicule d’un message, d’une réflexion :  du corps modèle au corps matière, de la performance à la chorégraphie spatiale, du travestissement à l’androgynie.