Frondaison – Carole Collaudin

En raison des dispositions mises en place par le gouvernement pour lutter contre l'épidémie, l'exposition n'est ouverte, jusqu'à nouvel ordre, qu'aux publics scolaires.

La Ville de Lormont accueille du mardi 23 mars au samedi 10 avril les œuvres de l’artiste lormontaise Carole Collaudin. Ses frondaisons picturales et ses rakus nous emportent vers une nature paradisiaque.

« Les paysages que je peins sont l’habitat naturel de mes chimères. Peintures et céramiques disent mon paysage intérieur. Ces chimères que je façonne avec la terre donnent corps au vivant tapi en moi. Elles naissent de façon instinctive comme s’il s’agissait d’une vie initiale, primordiale ou inversement de ce qu’il reste, un ersatz, un champignon que rien ne tue.

La végétation, en contre jour, laisse apparaître une nature rêvée dans laquelle mue le vivant. C’est un lieu intime où, sur les eaux stagnantes, dansent des ombres. Les paysages sont accueillants, doux et prévenants mais la perspective peut changer. Souvent une frondaison nous questionne : pourquoi restes-tu aux abords ? » Carole Collaudin

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"Frondaison" exposition de Carole Collaudin

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Livret pédagogique

Le livret, réalisé par le Centre d’arts de la ville de Lormont est un document à visée pédagogique destiné aux enseignants.

 

 

Partir vers d’autres horizons. Traverser le miroir pour s’immerger dans une nature rêvée aux contours flous et insaisissables, à la lisière de l’étrange. C’est un voyage dans l’intimité de son imaginaire que nous propose l’artiste Carole Collaudin du 23 mars au 10 avril 2021 au cœur de la Salle d’exposition du Pôle culturel et sportif du Bois fleuri.

Exploratrice de mondes intérieurs, elle rapporte de ses voyages des spécimens inattendus réalisés en faïence, des dessins, des peintures de paysages. Dans ses tableaux, lavis et ombres dansantes des végétaux nous déposent sur les rives d’eaux stagnantes ou bouillonnantes qui accueillent et génèrent la vie. Apparaît alors à nos yeux ce creux vibrant dans lequel les couches de feuillage se superposent en contre-jour.

De tableaux en dessins, nous franchissons la frondaison des arbres à la rencontre de ses Chimères : visages en forme de pomme de pin, de feuilles et de racines ou recouverts de petits bulbes. Ces êtres féeriques, esprits de la nature peuplent en secret ses paysages, renouent avec les Contes et légendes (elfes, fées, farfadets). Ils soulignent une forme d’animisme présent dans les toiles de l’artiste à travers sa représentation des éléments.

L’eau, l’air, la terre et le feu habitent les œuvres de Carole Collaudin. Reflets du ciel dans les miroirs changeants de l’eau, rives et rideaux de feuilles, cuisson des faïences inspirée des techniques ancestrales du Raku.

« Le Japon n’est pas loin. Dans sa culture, dans sa philosophie zen. Mais l’artiste n’a pas traversé le Pacifique, et si elle navigue c’est sur son propre océan » 1.

Carole Collaudin nous invite à voguer avec elle. Elle nous interpelle sur notre rapport au vivant, les liens que nous entretenons avec la nature, avec notre propre environnement. Cette interrogation est au cœur de la pensée de nombreux artistes sur les frontières fluctuantes du milieu naturel et l’impacte de nos actions. Ainsi, nous avions accueilli en mars 2019, l’exposition collective Lisières dans laquelle Lucie Bayens, Laurent Cerciat, Löétitia Léo et Patrick Polidano exprimaient leur perception de la nature, leurs propres mythes mais aussi leur approche et réflexion écologique.

Frondaison est un espace propice à la rêverie. Telles des poupées russes dans lesquels plonge notre imaginaire, nous passons d’un médium à l’autre, nous enfonçant toujours plus loin dans les mondes extensibles de l’artiste. Abolition des espaces et du temps, c’est une passerelle vers le merveilleux, la poésie.

 

 

La traversée du miroir

Dès l’entrée, nous sommes en immersion dans les paysages peints par Carole Collaudin. Entre effacement et apparition, les teintes chatoyantes de la surface des eaux se confondent avec celles des cieux. De temps à autre, une fine ligne sombre et irrégulière dessine l’horizon d’où monte la silhouette de quelques arbres. Ciel et terre en miroir. Au premier plan, le pêle-mêle des branches et des feuilles forment un rideau végétal dentelé qui s’ouvre sur le lointain.

 

 

Nous voici projetés dans une représentation frontale, sans perspective. Les couleurs posées par succession de lavis laissent transparaître la gestuelle de l’artiste, l’empreinte des outils, leur frottement, telles des strates successives.

 

 

La frondaison des arbres se transforme en pattern envahissant toute la toile. Nous basculons d’un espace figuratif à un espace symbolique, suggestif, purement picturale.

 

 

Dans ses paysages, Carole Collaudin associe divers médiums et techniques : acrylique, aquarelle, encre, mines de plomb. Ces techniques confèrent à ses toiles et dessins une clarté particulière. Par jeux de superpositions, les couleurs alternent teintes chaudes et froides, transparences et opacités. Elles diffusent alors une lumière tantôt diaphane, tantôt opalescente.

Par contraste, les ombres végétales se détachent, toujours empreintes d’un léger halo velouté.

Au fil de l’exposition, nous abordons l’autre rive, au-delà de la frondaison des arbres. Nous voici au contact de formes de vies hybrides, à la croisée du végétal et du minéral. Réalisés selon la technique japonaise du Raku, les faïences de Carole Collaudin s’ouvrent à nous tels des mondes miniatures, bribes d’un ailleurs incongru.

 

« Tels des explorateurs nous découvrons des mamelons et des kystes, des champignons coralliens érectiles naissant de l’humus d’un tapis de pétales. Des surfaces qui se courbent, se plissent et tourbillonnent en s’apaisant comme un nid. »2

La fragilité des pétales blancs qui forment un lit délicat répond aux noirs charbonneux et rugueux de la brûlure du feu. Des touches de roses nacrés viennent ici et là réveiller les extrémités de ces formes de vies primitives.

Comme ses tableaux, les sculptures de l’artiste entre installation et objet unique expriment le souffle vital qui traverse les éléments. La vie, la mort, la renaissance. La genèse du vivant en perpétuel devenir.

 

 

 

 

 

Au fin fond de cette province, à l’extrémité de la salle, dans une légère pénombre apparaît le visage de l’artiste en pleine mutation. Une vidéo nous présente une série de photographies de portraits féminins projetés sur sa tête. La superposition de ses portraits issus de sa propre histoire familiale crée une identité double, à la fois ressemblante et trouble. Carole Collaudin nous invite à sa propre métamorphose.

A son tour, notre imaginaire se nourrit, tisse des liens, une histoire. Celle d’un lieu où coexiste le vivant et l’onirique, au bord du fantastique.

Prolongements pédagogiques

Le paysage en peinture : du décor au statut de sujet

En peinture, le paysage n’a pas toujours occupé la place que nous lui connaissons aujourd’hui. Longtemps il fut considéré comme un élément secondaire chargé de magnifier les scènes historiques ou religieuses ou pensé comme un élément d’agrément ou de décoration associé à l’architecture. Les premiers changements marquants se produisent à la Renaissance. Quelques artistes et écoles participent à lui donner ses lettres de noblesse comme Albrecht Dürer ou Vermeer et sa fameuse Vue de Delft. Dans la peinture flamande il va prendre une place de plus en plus importante, jusqu’à occuper toute la surface de la toile. A l’époque Classique, Le paysage pastoral ou champêtre propose une vision plus naturaliste et humaniste de l’harmonie entre l’Homme et la nature. En rupture avec le règne de Louis XIV, ces paysages sont aussi une invitation à plus de légèreté de mœurs et de lyrisme.

 

 

A partir du néo-classicisme (1750-1800), le paysage devient acteur d’émotions et d’expériences subjectives. Les romantiques prennent le relais. L’aquarelle, l’huile traitée de manière plus libre, vont dans le sens de la captation de cet instant particulier, d’un phénomène météorologique fugace. Il exprime aussi l’ état d’âme de l’artiste, sa singularité.

 

 

C’est au 19è siècle à l’heure des grandes révolutions techniques et de société que l’on observe la bascule du statut du paysage notamment auprès du public. A cette époque, il rivalise avec le portrait. On assiste à une inflation de ces deux genres. Les demeures bourgeoises en tapissent leurs murs. Dans le même temps, les démarches des artistes face au paysage se multiplient.

Certains partent pour des « pays lointains" : Algérie, Maroc, Inde, Égypte Guadeloupe… des destinations que les colonisations ont rendues davantage accessibles, source de curiosité. Les peintres voyageurs comme Delacroix ouvrent la voie. D’autres sortent de l’atelier pour peindre en extérieur, « sur le motif » comme ceux de l’École de Barbizon ou les impressionnistes.

Enfin l’arrivée de la photographie, autour de 1850, accentue l’adhésion du public au paysage comme motif privilégié. Elle multiplie les points de vue, les jeux de champs et de hors champs. Si la photographie sert de document pour les peintres, ces derniers en perçoivent aussi très vite les écueils. L’art moderne remettra en cause la mimesis et les codes de représentations. Le paysage devient alors un sujet à part entière et s’émancipe des conventions réalistes.

 

L’art du Raku

Brève histoire et technique du Raku

Le Raku est le nom d’une technique spécifique de fabrication de faïence au Japon, liée à un mode de cuisson particulier. Cette technique confère une esthétique singulière et unique à chaque pièce réalisée.

 

L’Histoire du Raku

Selon la tradition, cette technique de fabrication en cuisson rapide fut développée au Japon dans la seconde moitié du XVIe siècle, et initiée par la création de bols pour la cérémonie du thé par Chōjirō. Les premières céramiques de Kyoto apparaissent à la fin du XVIe siècle, suscitées par la mode de la cérémonie du thé.
Chōjirō, vivant à Kyoto, serait né d’un père chinois qui aurait emmené avec lui les techniques de fabrication ancestrales du Sosansai (céramiques à trois couleurs d’émail). Son fils aurait repris cette technique en lui donnant une couleur noire monotone ou rouge.

Le Raku est le fruit d’une démarche spirituelle en quête d’un objet épuré, noble et humble dans la tradition de l’esprit zen. Le procédé de fabrication du Raku illustre parfaitement la synergie et l’harmonie des 4 éléments : l’eau, la terre, l’air, le feu.

Technique du Raku :

La technique du raku yaki est un procédé de cuisson. Les pièces incandescentes peuvent être enfumées, trempées dans l’eau, brûlées ou laissées à l’air libre. Elles subissent un choc thermique important qui permet d’obtenir des variations à l’infini. La cuisson est menée à un rythme rapide avec atteinte de la température finale dans un cycle court de 15 à 20 minutes.
Lors de la fabrication des pièces, on utilise un grès “chamotté” plus solide pour le Raku car les pièces doivent résister à de forts écarts de température.

La chamotte est une argile brute cuite qui donne de la structure à la terre de modelage. Les pièces montées « tiennent » mieux, sans s’affaisser durant leur confection.

Les pièces émaillées sorties du four (à 1 000 °C) sont rapidement recouvertes de matières inflammables naturelles comme de la sciure de bois compactée afin d’en empêcher la combustion en limitant l’apport d’oxygène au contact de l’émail en fusion. C’est au cours de cette phase qu’apparaissent les couleurs plus ou moins métallisées, les craquelures ainsi que l’effet d’enfumage de la terre laissée brute. Les pièces sont ensuite lavées pour retirer les résidus de suie et de cendre.

[Source : Wikipédia, article sur le Raku]


Notes

1 – Extrait d’un texte de Johan Leynaud sur Carole Collaudin publié dans le Catalogue de l’Exposition Frondaison du Château de Pujols en avril 2019

2 –Johan Leynaud, ibid.

Biographie

Carole Collaudin

« Les paysages que je peins sont l’habitat naturel de mes chimères. Peintures et céramiques disent mon paysage intérieur. Ces chimères que je façonne avec la terre donnent corps au vivant tapi en moi. Elles naissent de façon instinctive comme s’il s’agissait pour moi d’une vie initiale, primordiale où inversement de ce qu’il reste, un ersatz, un champignon que rien ne tue. Les paysages sont accueillants, doux et prévenants mais la perspective peut changer. Souvent une frondaison nous questionne : pourquoi restes-tu aux abords ? »

 Née en 1976 à Lyon.
– 1999 : Diplômée de l’école des beaux-arts de Bordeaux.

– 2009 : AFPA de Caudéran, École de peinture en décor.
Vit et travaille à Lormont.
Pluridisciplinaire, Carole Collaudin explore différents médiums et techniques : peinture, aquarelle, dessin, modelage, installation, vidéos et performances.
Son travail oscille entre art contemporain et artisanat d’art.

Expositions collectives et personnelles

Parmi les plus importantes et récentes :

  • Avril 2020 : Frondaison, exposition individuelle au château de Pujols.
  • Oct 2020 : A l’orée, exposition individuelle à l’Union des producteurs de Saint-Emilion.
  • 2014 : (Extra) ordinaire Quotidien / musée d’Ethnographie de l’université de Bordeaux
  • 2011 : « La femme vieillissante » Nunca Màs à La Galerie la traversée de Langoiran.

A venir :

    Du 6 mai 2021 et sur plusieurs mois : Duo, exposition collective au château du Prieuré Marquet, Saint-Martin du Bois (33).


Performances :

  • 23 nov 2018 : Divination Empirique au Théâtre de l’Epinette Libourne
  • 15 oct 2011 : Robe totem et performance Ensemencement, Cap Science Bordeaux. En partenariat avec l’ISM (Institut des Sciences Moléculaires de Bordeaux)


Vidéos :

  • 2002 : Perav'prod, Bordeaux et Rencontres les inattendus, Lyon
  • 2001 : Festival de l’image contre nature, Vidéothèque P'silo, Marseille
  • 2000 : Institut Jean Vigo, Bordeaux
  • 1999 : 8e Biennale de l’image en mouvement de Genève

 

Engagement artistique

Depuis 2011 : Association ArtKa , organisation d’exposition de happening :
– 2019 : Femmes Artistes aux châteaux
– 2021 : à venir, Les 3 graphies à Castillon-la-Bataille.
De 2008 à 2011 :
Création et présidence de l’association du « JB de Montfaucon » à Bordeaux, avec 48 expos/évènements organisés, tels que :

  • « 60,25 » Studio Roter Baum au Le KROEHLMANN KLEINTHEATRE à PFUNGSTADT
  • Land Art aux jardins de Pierral de Gradignan
  • « Performances Circadiennes »