Mirabilia – Exposition permanente de Muriel Rodolosse "Ateliers"

"Mirabilia" de Muriel Rodolosse au Bois fleuri - TEASER

Suite à un appel à projet public, la Ville de Lormont a confié à l’artiste Muriel Rodolosse la mission de redonner vie au château du Bois fleuri.

 

Préserver l’entité du bâtiment tout en offrant la possibilité d’une appropriation artistique était le point de départ de ce concept d’embellissement assez unique. Soixante trois peintures de différents formats sont installées sur les façades du château. Toutes les fenêtres et les œils-de-bœuf sont habillés par des tableaux en Plexiglas réalisés sur mesure dans l’atelier bordelais de l’artiste. Les quatre façades présenteront quatre univers différents. La façade avant propose des peintures verdoyantes proches d’une composition naturaliste, la façade arrière est dédiée à une vision plus intérieure du château, mais chut … L’artiste tient à nous réserver également quelques surprises... L’œuvre de Muriel Rodolosse demande une implication du spectateur, une volonté d’en faire le tour visuellement et physiquement. Il s’agit bien d’un voyage de l’œil et du corps. 

 

Lire également notre article "Bois fleuri retrouve des couleurs"

Horaires de visite

    • Toute la semaine de 8h à 19h au parc du Bois fleuri


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    Au Bois fleuri avec Muriel Rodolosse (première rencontre dans l'atelier de l'artiste)

    "Mirabilia" de Muriel Rodolosse au Bois fleuri

    Livret pédagogique

    Le livret, réalisé par le Centre d’arts de la ville de Lormont est un document à visée pédagogique destiné aux enseignants.

     

     

    Dans le parc du Bois fleuri, entourée d’arbres séculaires s’élève la silhouette singulière d’un château familier à tous les lormontais : Le château du Bois fleuri.

    En 2019, la ville désirant intégrer cet édifice historique et atypique dans le renouvellement urbain a lancé un appel à projet artistique d’embellissement du Château. Parmi les nombreuses propositions, celle de l’artiste Muriel Rodolosse a été retenue pour sa pertinence et son parti pris esthétique et pictural.

    Depuis sa construction à la fin du 19e siècle, le Château du Bois fleuri a connu plusieurs métamorphoses : maison de villégiature de M. Jouin, négociant en vin qui transforma la bâtisse et le parc (1907- 1911) lui conférant son esthétique néogothique si particulière. Après la seconde guerre mondiale il abrite des logement pour fonctionnaires, puis de 1974 à 2006 il accueille la bibliothèque municipale renforçant l’attachement de la population à son égard. Depuis l’ouverture de la médiathèque du Pôle culturel et sportif du Bois fleuri (2010) et en raison de l’insalubrité grandissante du bâtiment, l’ancienne bibliothèque est restée close.

    Pour réveiller cette belle endormie, la ville de Lormont souhaitait une œuvre qui scénographie l'espace et invite le visiteur à déambuler, à contempler… constituant un signal artistique fort. L’œuvre devait lier symboliquement nature et culture, entrer en cohérence avec la réhabilitation du quartier Génicart, le projet de la rue des Arts et valoriser ainsi son environnement.

    Tous ces critères sont réunis au cœur du travail de Muriel Rodolosse. L’artiste met en œuvre un univers hybride où l’espace et le temps fusionnent, où le foisonnement végétal dialogue avec les éléments architecturaux, où des animaux et des figures humaines énigmatiques se meuvent. Muriel Rodolosse aime instaurer un récit entre ses peintures et leur lieu d’exposition.

    A ses yeux le Château offrait une immense cimaise où mettre en scène une multitude de vues pensées comme autant de tableaux théâtralisés qui interpellent le spectateur le long de son parcours. L’artiste s’est donc emparée du château, exploitant chacune des 63 ouvertures, portes, fenêtres, lucarnes et œils- de-bœuf des différentes façades pour y installer des peintures.

    Pour ce projet Muriel Rodolosse a utilisé un procédé qui lui est spécifique : la peinture sous polycarbonate inversée. Cette technique s’inspire d’une méthode ancestrale qui consiste à peindre sur l’envers d’un verre en commençant par les détails, puis les seconds plans, pour terminer par les fonds. Le processus inverse d’une peinture classique…

    Le château du Bois fleuri intrigue et fascine depuis longtemps. En 2016, il devint le cœur de l’œuvre d’Olivier Crouzel et Sophie Poirier. Intitulé 23h34, Bois fleuri, Le Château-livre, cette installation présentée dans la Salle d’exposition du Pôle culturel et sportif entremêlait leurs deux récits autour du Château, alliant vidéo- projections et fictions sonores.

    La particularité du projet de Muriel Rodolosse réside dans une ultime métamorphose du Château en un miroir pictural où se répondent la nature, l’histoire et les récits suscités par l’édifice. Son titre Mirabilia, évoque le mélange du merveilleux et du monstrueux, il fait également écho aux cabinets de curiosités de la Renaissance qui réunissaient dans un même lieu des objets scientifiques, naturels ou artistiques remarquables. Outil d’appréhension et d’inventaire du monde, ils dressaient un récit, une vision où l’extraordinaire, le fictionnel et le merveilleux avaient toute leur place. Sous l’impulsion de Muriel Rodolosse, le Château du Bois fleuri devient une œuvre d’art à part entière.

    Ce livret se propose de relever les éléments-clefs de l’œuvre de Muriel Rodolosse et d’observer comment ces derniers répondent déjà en soi aux souhaits émis par la ville dans ce projet d’embellissement. Nous aborderons aussi la spécificité de l’installation de l’artiste, ses intentions, certains aspects techniques éclairants sur sa façon de procéder.

    Enfin quelques données historiques et pédagogiques viendront nourrir notre propos, ainsi qu’une biographie et une bibliographie.

    Le déplacement, le mouvement

    La notion de mouvement et de déplacement est omniprésent chez Muriel Rodolosse comme l’expose parfaitement Magali Lesauvage dans l’article suivant publié en 2012 :

    « Aller, venir, se retourner, explorer, s’immiscer : la peinture de Muriel Rodolosse incite le spectateur au déplacement. Mouvement que le médium impose également à l’artiste, qui se positionne au revers du support de Plexiglas transparent, pour peindre de l’avant vers l’arrière, premier plan (détails, figures, objets, formes plus ou moins concrètes) d’abord, second plan (paysages, architectures) ensuite, puis fond. La peintre se place physiquement derrière la peinture, et donc face au spectateur que l’on imagine regardant l’œuvre.

     

    Mouvement imposé, aussi, au spectateur. Le corps de celui-ci est directement impliqué dans le voir de l’œuvre. Si toute peinture incite à un voyage de l’œil, organe du corps avec lequel on la « touche » par espaces intermédiaires interposés, celle de Muriel Rodolosse nécessite également x degrés de déplacement (titre de son exposition au FRAC Aquitaine à Bordeaux, en 2011). Bouleversant volontiers le lieu d’exposition, l’artiste impose au spectateur des contraintes, une gymnastique de l’œil et du corps.

     

    Muriel Rodolosse propose un positionnement inhabituel vis-à-vis des œuvres, qu’elle peut choisir de placer en hauteur, dans des recoins plus ou moins cachés, en appui instable, ou auxquelles elle peut décider d’attribuer un format monumental – dans son exposition Versteckt just around the corner (Caché juste au coin de la rue), au 18 Rudi-Dutschke Strasse, à Berlin, en 2010, elle alla même jusqu’à cacher des œuvres. »
    (source : Documents d’Artistes Nouvelle Aquitaine).

    Ainsi, nous faisons immédiatement le lien entre les procédés artistiques de l’artiste et le dispositif mis en œuvre sur l’ensemble du château. Muriel Rodolosse aime créer une interaction entre ses productions et l’espace qui les accueille. Une fois n’est pas coutume, elle exploite ici l’architecture des lieux. S’appropriant toutes les façades du bâtiment, jouant des diverses dimensions, formes et hauteurs des ouvertures, elle sollicite un regard actif chez le spectateur. Œuvre à multiples facettes, le visiteur l’arpente à son propre rythme, selon sa curiosité. Tout ne s’offre pas à lui en un seul regard. Muriel Rodolosse instaure un espace-temps qui relève de l’intime.

    Nature et Architecture

    Les peintures de Muriel Rodolosse mettent régulièrement en scène des paysages et des fragments architecturaux comme des façades en ruine, des volumes géométriques, des lignes obliques ou verticales qui dessinent dans l’espace des ossatures, des constructions.

    « En ce qui concerne la représentation de construction dans mes tableaux, il s’agit en général de structures ou de bâtiments instables, pas tout à fait en ruine, mais dans cet entre-deux plus mouvant. Soit les espaces sont bancals soit ils sont en friche, traversés par des éléments » (Propos recueillis par Alice Didier Champagne in Livret d’exposition L’armoire aux possibles en 2018).

    L’artiste crée ainsi des "paysages architecturaux" dans lesquels nature et architecture se télescopent, s’imbriquent et créent une tension visuelle .

    Le château du Bois fleuri est au cœur du parc qui fut pensé en adéquation avec l’architecture du bâtiment. L’entrée située route de Bordeaux s’ouvre sur le parc qui débouche sur l’ensemble de la façade principale. Bordé d’arbres à l’arrière et sur les côtés, il est posé dans un écrin de verdure. Au fil du temps, la végétation a gagné du terrain, du lierre court le long des balustrades et la ramure des arbres enserre l’édifice.

    La dynamique entre nature et architecture s’exprime dans la proposition de l’artiste à travers son dispositif. Montées sur des cadres en fer plat fixés dans les embrasures, ses peintures font corps avec le château. Réinterprétant tantôt des vues du parc, tantôt des vues intérieures du château, l’artiste crée une mise en abyme dans laquelle elle reformule l’articulation entre le château et son cadre végétal. Muriel Rodolosse confère à ses œuvres un double rôle : celui d’un élément architectural et l’ouverture sur un ailleurs, le surgissement d’un autre monde.

     Cette confrontation entre végétal et construction remet en cause l’éternelle dualité nature-culture. Dans ses visions, Muriel Rodolosse comme tout artiste soucieux des enjeux de son époque interroge aussi notre relation à notre environnement.

     

    Un temps différent

    Les œuvres de Muriel Rodolosse fonctionnent tels des condensés de temps et de lieux. Elles incarnent un passage, un espace où cohabitent différents possibles.

    Le temps n’est pas figuré comme un instant T, pâle copie d’un évènement linéaire, mais toujours comme une mémoire multiple qui surgit dans laquelle se mélangent les récits du passé, du présent et d’un futur inventé.

    La notion de temps est présente de diverses manières dans le projet mené au Bois fleuri. Il en est même le personnage principal. Son passage est lisible sur le corps du château qui porte les stigmates du vieillissement et de l’abandon : fissures, lierre, murs décrépis, fenêtres closes et balustrades tronquées. Destinées à accompagner la bâtisse dans sa fin d’existence, les œuvres deviennent des prothèses qui transforment le château en œuvre d’art.

    A travers la citation d’éléments architecturaux intérieurs disparates (lustres, moulures, mosaïque de bain, boiseries…) l’artiste pioche dans les différentes strates de vies du château, vestiges de ses rôles antérieurs (lieu de villégiature, habitat collectif, bibliothèque publique).

     

     

    Enfin, Muriel Rodolosse nous plonge dans un temps indéfini : celui de l’imaginaire. Au détour de notre déambulation, sur notre parcours apparaissent des êtres extraordinaires hors de notre temporalité. Je pense à ce cavalier qui fait irruption par une fenêtre et à l’étrange allure de cette déesse sylvestre cachée sous un masque. Bien d’autres surprises se cachent encore dans les embrasures du château. 

     

     

    L’hybridation est un élément transversal dans l’œuvre de Muriel Rodolosse. Artiste figurative, elle s’inscrit dans l’histoire de la peinture, reprenant à son compte des thèmes et des personnages évocateurs tout en les plaçant dans des contextes inattendus, inventant des êtres en mutation porteurs de masques d’animaux, aux membres tronqués ou prolongés par des prothèses.

     

     

    Les espaces dans lesquels ses personnages évoluent sont eux aussi doubles, ils oscillent entre architecture et nature où passé et futur se rencontrent. Nous renouons avec l’esprit du merveilleux, non pas comme un monde idyllique, mais comme un récit dans lequel d’autres lois dictent le réel. Muriel Rodolosse mélange les références (personnages emblématiques et chroniques de la société), les registres picturaux (figuration et abstraction, formes géométriques et organiques) mais aussi fiction et réel :

    « Quand on regarde ma peinture on ne sait pas ce qu’on regarde. J’ai un travail très réaliste ; au premier abord on peut penser à de la photographie mais vite on va voir des formes abstraites et de la matière. J’aime l’idée qu’on confonde les médiums, que l’on s’interroge sur son propre regard : qu’est-ce que je regarde, est-ce de la photo, du dessin, de la peinture ? Tout ceci fait référence au mouvement : chercher, confondre…» (M. Rodolosse, propos recueillis par Alice Didier Champagne in Livret d’exposition L’armoire aux possibles, 2018).

    Elle nourrit également son travail de réflexions philosophiques qu’elle glisse en retour aux spectateurs.

    « Depuis longtemps la philosophie est très présente dans mon travail », récemment lors de la réalisation de l’exposition L’armoire aux possibles en 2018 à Vitry sur Seine elle s’est en particulier intéressée à la pensée d’Henri Bergson qui pose la question du possible en lien à la création et au réel. 

    « L’armoire aux possibles n’est pas une armoire dans laquelle il y a des possibilités. La création ne peut être contenue dans une armoire ou dans des tiroirs que l’on ouvre, au contraire, elle est au-delà des possibles. Il y a dans la création toute une part d’indétermination, de hasard, de recherche d’étonnement, de tâtonnements, d’aller-venues, de déplacements, qui constituent la création » (M. Rodolosse in Livret d’exposition L’armoire aux possibles, 2018).

    Mirabilia est une invitation à vivre l’expérience de différents espaces et temporalités.

    La mise en œuvre

    A présent que les éléments fondateurs de l’œuvre de Muriel Rodolosse ont été évoqués, intéressons-nous à la réalisation du projet à proprement parler.

    S’agissant d’une commande publique dans un contexte précis Muriel Rodolosse  a rencontré plusieurs associations lormontaises afin de présenter le projet et de récolter des indices sur le passé : « Je prends toujours en compte l’aspect physique du site, sa topographie ou son histoire » (M. Rodolosse, Junkpage, article d’Anna Maisonneuve pour l’exposition au Centre d’art contemporain Château Lescombes à Eysines, 2017).


    Toutefois l’artiste ne s’est pas souciée de la véracité du passé, pour elle « cela se joue ailleurs ». Ainsi a-t-elle évité l’usage de documents d’archives qui peuvent s’avérer enfermant.
     
    De même, bien que ses peintures soient proches d’un réalisme photographique, elle n’a pas utilisé de vues du château tel quel, mais s’est attachée à quelques détails pour créer de nouvelles visions . Elle a également réalisé sur place toute une série de croquis qui sont à ses yeux « une mise en route du travail, une appropriation de l’espace ».

    La part technique de l’installation

    Avant même de commencer la moindre peinture, Muriel Rodolosse a tout d’abord pris les mesures exactes de chaque ouverture du château soit 63 au total.

    Puis chaque cote a été reportée sur un Plexiglas suffisamment épais pour accueillir les peintures de l’artiste. Afin de maintenir en toute sécurité les futures œuvres dans les embrasures, un système de cadres en fer plat, fournis par un serrurier ont été fixés préalablement en atelier à l'arrière des peintures. La fixation des cornières ont été percées dans les embrasures des fenêtres du château. Enfin, un mastic colle polymère, résistant aux intempéries, a également été utilisé pour coller les plaques de polycarbonate. L’installation sur mesure des panneaux et la dissimulation du dispositif d’accrochage renforcent l’analogie avec l’idée de fenêtre comme une ouverture sur un autre espace.

    Le procédé artistique

    La signature picturale de Muriel Rodolosse réside dans cette technique particulière de la peinture sous polycarbonate. Pourquoi le choix d’une telle pratique? Dans différents entretiens elle s’exprime sur cette question et en quoi cela nourrit sa réflexion de peintre :

    « Je n’ai jamais travaillé sur toile. Dès que j’ai fait le choix d’être peintre, j’ai travaillé sur du bois. J’ai toujours trouvé que la toile était un matériau trop lourd de sens… Quand on s’y attelle on ne peut pas ignorer toute l’histoire de l’art mais également l’histoire de la technique de la peinture. J’ai vite aimé la liberté qu’apportait un support qui n’était pas de la toile. Pour moi le bois était une surface plus neutre qui ne nécessitait pas de cadre, artifice dont je ne veux absolument pas dans mon travail…
    En 1996, je suis partie en résidence à la John David Mooney Foundation, European program artists in résidence, à Chicago. En me promenant dans la rue, je suis tombée sur des boites en Plexiglas qui étaient thermoformées. Je les ai ramassées et je les ai incluses dans des surfaces en bois.... Il y a eu une quarantaine d’œuvres entre cette période et le moment où j’ai décidé de travailler uniquement sur du Plexiglas.

    Ensuite à partir de l’année 2000, j’ai fait un choix radical, j’ai décidé de ne peindre que derrière la surface […] Je montre l’envers, mon geste est de tout passer derrière, la peinture disparaît, je m’explique : devant ce n’est que l’envers et derrière la peinture n’est pas regardable. Autrement dit la question est la suivante : dans quel espace situer la peinture ? La peinture est inaccessible, elle est dans un entre-deux, entre la surface du matériau et la superposition des couches qui la composent. C’est une mise à distance, comme la pensée, c’est parce que tu prends de la distance que tu vois, mon sujet, ma pensée et aussi mon sujet de pensée. On a besoin de cette distance pour regarder. Cette technique me permet d’être dans le travail, elle est mon espace de liberté, le lieu de ma création » (M. Rodolosse, entretien avec Alice Didier Champagne, exposition L’armoire aux possibles).

     

    Une peinture narrative

    L’incertitude de l’espace de représentation et l’interrogation que cela suscite chez le spectateur dialogue avec l’univers visuel mis en place par l’artiste : "Incrustés" dans le château, tels des trompe-l’œil surgissent des personnages (nymphes, déesses...) des animaux (endémiques ou exotiques) des paysages (arbres du parc, fleurs et bribes du château) des intérieurs (moulures, portes-fenêtres) ou des objets emblématiques (la Cadillac d’un hypothétique propriétaire américain) qui s’animent dans notre esprit tel un petit théâtre, une guirlande de récits qui se déroulent tout autour du château.

    Avec Mirabilia, Muriel Rodolosse poursuit sa réflexion sur la représentation des êtres et des choses tout en redistribuant les cartes de l’imaginaire collectif des habitants indissociable des lieux.

    Avec Mirabilia, Muriel Rodolosse poursuit sa réflexion sur la représentation des êtres et des choses tout en redistribuant les cartes de l’imaginaire collectif des habitants indissociable des lieux.

    « Ce qui m’intéresse c’est le rapport au réel plus qu’à l’imaginaire. Mais la fiction va impacter sur l’approche du réel. Ce n’est pas nouveau, les suprématistes peignaient déjà la représentation invisible du réel. L’invisible est réel. Le son, on l’entend, il existe mais on ne le voit pas. C’est pour moi une question forte qui est posée aux peintres et à la peinture. Comment représenter ce réel invisible? On peut penser parfois en regardant mes œuvres que les formes sont issues d’un imaginaire mais ce n’est pas forcément le cas, c’est souvent une matérialisation de ce que l’on ne voit pas. » (M. Rodolosse, entretien avec Alice Didier Champagne, exposition L’armoire aux possibles).

     

    La picturalité

    Lorsqu’elle peint Muriel Rodolosse a recours à différents outils selon le rendu désiré. Avec ses doigts elle dessine souvent par petites touches vibratoires des végétaux, des reflets de lumière. Lorsqu’elle s’attelle à des tracés plus précis ou bien à la réalisation de grands fonds elle se sert de pinceaux. Elle utilise aussi de l’adhésif pour créer des contours nets et rectilignes, similaires à des découpes au pochoir. Sur l’ensemble des peintures du château les multiples effets picturaux s’associent pour donner corps aux images, créer des espaces, faire avancer ou reculer des plans.

    Sur l’ensemble des peintures du château les multiples effets picturaux s’associent pour donner corps aux images, créer des espaces, faire avancer ou reculer des plans. Dans le panneau intitulé Totem s’élève une succession d’objets et d’éléments naturels placés les uns au dessus des autres qui s’étirent du sol au plafond d’une pièce.

    A sa base, sous une cloche en arceaux aux allures de couronne, s’étale un parterre de fleurs et de plantes vertes dont les feuilles et les pétales arborent des touches floutées et chatoyantes sur des verts sombres et profonds. Les tiges des arceaux, eux, se détachent avec finesse et netteté contrastant avec le tapis végétal. Au fil du totem, se répète cette alternance entre net et flou, entre formes fermées et formes ouvertes (le cadre circulaire d’un médaillon, la silhouette découpée d’un toucan au plumage duveteux, un mobile végétal dont les feuilles et les fleurs éparses se dissolvent dans le blanc laiteux du fond). A l’arrière plan, les murs de la pièce sont traduits par de grandes bandes verticales et le dessin rectangulaire de moulures. Nous retrouvons ici les gestes et outils que l’artiste juxtapose en permanence dans ses œuvres.

    La construction de l’ensemble

    Contrairement aux idées reçues, la peinture sous Plexiglas inversée peut offrir plus de liberté d’action qu’une peinture classique. A l’opposé de certains adeptes de la peinture sous verre Muriel Rodolosse n’élabore pas de dessins préparatoires définitifs à reproduire à la lettre dans un ordre précis. Elle préfère monter chaque tableau au fur et à mesure en utilisant les espaces vierges comme bon lui semble et garder une marge de manœuvre créatrice. Elle commence parfois une peinture par un élément isolé autour duquel elle va construire tout le reste, laisser des temps de maturation. Grâce à cette souplesse, Muriel Rodolosse a élaboré chaque façade du château panneau par panneau créant des passerelles ou des ruptures opportunes.

    Pour visualiser au plus près le rendu final, elle a composé un "montage" infographique en positionnant chaque peinture dans son ouverture respective.

    Épilogue

    Muriel Rodolosse fait partie des artistes peintres contemporains pour qui la peinture se situe en dehors des oppositions habituelles : figuration/abstraction, narration/concept. Mirabilia représente la continuité de sa réflexion sur le temps, la mémoire, la fiction, le déplacement.

     

    Prolongements pédagogiques

    Peinture et architecture

    Dans le projet d’embellissement du Château commandé par la ville, le point central était d’intervenir directement sur le château et donc d’interagir avec toutes ses composantes architecturales ainsi que son environnement. Peinture et architecture forment un binôme prolixe depuis la plus haute antiquité. Avant de prendre son autonomie en tant qu’objet à part entière comme à travers le tableau, la peinture s’inscrit dans et sûr les édifices. L’histoire de l’art est jalonnée d’exemples, des fresques des tombeaux égyptiens, aux villas pompéiennes, en passant par les voûtes de la Chapelle Sixtine, les dessus de portes (sopraporte) des palais italiens de la Renaissance, les trompes l’oeil ornementaux jusqu’aux panneaux d’Odilon Redon de l’Abbaye de Fontfroide ou la monumentale Danse de Matisse pour la Fondation Barnes.

     

    Dans les exemples cités, la peinture est pensée comme une extension des espaces. Elle instaure tantôt une mise en abîme visuelle, imite les matières et les éléments constitutifs du bâtiment (enca­drements, faux marbres...) tantôt une ouverture vers un ailleurs (paysages, effets de perspectives, récits). Souvent, elle réunit les deux fonctions à la fois.

    « C'est une salle pour des peintures : traiter ma décoration comme un tableau aurait été déplacé. Mon but a été de traduire la peinture en architecture, de faire de la fresque l'équivalent du ciment ou de la pierre. » (Henri Matisse à propos de La Danse)

    Peintres et architectes ont régulièrement œuvré côte à côte, certaines grandes figures ont exercé les deux fonctions (Léonard de Vinci, Michael-Ange). De nombreux peintres se sont attelés à des réalisations où les enjeux étaient de penser leur pratique en adéquation totale avec un lieu. Je pense de nouveau à Matisse et à la Chapelle du Rosaire de Vence où il intervint sur l’ensemble de l’édifice, des vitraux aux murs de céramique, jusqu’à l’autel. « Je ne travaille pas sur la toile mais sur celui qui la regarde ». H. Matisse.

    Plus proche de nous, nous retrouvons cette même volonté dans les 106 vitraux pensés par Pierre Soulages, installés en 1994 dans l’Abbaye de Conques en Aveyron :

    « Ce qui m'a guidé, c'est la volonté de faire vivre la lumière en la modulant et de créer une surface apparaissant comme émettrice de clarté, en accord avec le caractère de l'architecture et des pouvoirs d'émotion artistique ou sacrée qui lui sont propres ».

    La peinture prend alors d’autres formes, elle est transposée sur d’autres supports, l’artiste poursuivant ses questionnements fondamentaux sur la composition, la couleur, la temporalité, le récit. Régulièrement, les institutions publiques commandent auprès de plasticiens dont de nombreux peintres la réalisation de projets destinés à des édifices publics, en particulier dans le cadre des "1% artistique" qui instituent la création d'œuvres d'artistes plasticiens contemporains associés à la création architecturale publique. Ces projets doivent répondre à des contraintes géographiques, d’espaces, de matériaux et d’usages tout en apportant la créativité et la source d’imaginaire que l’on attend d’eux. Les espaces publics ne peuvent exister sans la présence d’œuvres d’arts, témoins culturels de leurs temps. Les artistes ont une place à s’approprier, leurs œuvres une parole à partager.

    Le merveilleux

    Dans le projet de Muriel Rodolosse nous avons évoqué les liens que l’artiste tisse avec le merveilleux. Mais de quoi s’agit-il au juste? L’acception la plus communément utilisée est une équivalence de l’adjectif extraordinaire, prodigieux qui sous-entend l’idée de perfection, une situation ou un monde sans d’obstacles, où tout se déroulerait comme par magie.

    Or en littérature, le merveilleux qui est un genre à part entière, recèle bien d’autres aspects. Le merveilleux (du latin mirabilia : choses étonnantes, admirables ) se définit par le caractère de ce qui appartient au surnaturel, au monde de la magie, de la féerie. Or la féerie, le monde de la magie portent en eux leurs parts d’ombres et d’étrangetés, de violences.

    Le merveilleux décrit un monde situé dans un passé ancien non défini («il était une fois»), ou dans un ailleurs temporel dans le cas de la science-fiction. Il renvoie à un univers naïf où le surnaturel a droit de citer. La même imprécision règne sur le plan géographique avec, toutefois, la récurrence de certains motifs : le château, la forêt… Il plonge le lecteur dans un monde organisé par des lois qui ne sont pas celles de notre monde, mais qui ne surprennent pas le héros.

    Issu de la tradition orale, le merveilleux est présent dans les récits religieux et païens. Pour les Anciens, l'intervention des dieux (dans l’Épopée notamment) était acceptée comme telle (merveilleux païen) ; pour les chrétiens, ce seront les anges ou les démons, les saints et leurs dons miraculeux. La forme la plus populaire rattachée au merveilleux est le conte de fées (ou conte merveilleux) mais on le décèle également dans le mythe, la fable, la légende, la fantasy. Récit initiatique, il déborde de la sphère de la littérature. On le retrouve dans tous les arts visuels (sculpture, dessin, photographie, cinéma, bande dessinée) et bien entendu dans la peinture.

    Au XIXe, les Romantiques et au XXe siècle les Surréalistes, ont clairement affiché et revendiqué l’usage du merveilleux comme « en quelque sorte leur fer-de-lance, l’ingrédient ultime capable d’accompagner et d’accomplir une quête collective, dont la visée constante était d’échapper à l’étroitesse rationaliste.» (cf. thèse Anna Maisonneuve, Les formes du merveilleux en art contemporain). Depuis deux décennies nombre d’ouvrages et d’expositions prennent pour thème le réenchantement et le merveilleux. Cela porte un éclairage particulier sur les préoccupations des artistes actuellement comme le souligne Anna Maisonneuve :« Les formes du merveilleux en art actuel permettraient-elles ainsi de réenchanter le monde ? Plus précisément, seraient-elles en mesure de réduire cette césure dissociant l’être et le monde ? Dans une société toute déterminée par la prédominance de la raison, une raison dont on ne saurait plus s’affranchir complètement, dans quels territoires peut encore s’immiscer la merveille ? Quelles formes est-elle susceptible d’arborer ?» (Anna Maisonneuve, Les formes du merveilleux en art contemporain)

    Sources :

    Article Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Merveilleux
    Introduction  à la thèse de A.Maisonneuve sur le site http://www.sudoc.abes.fr/, journaliste franco-finlandaise spécialisée en arts, vivant à Bordeaux.

    Biographie de l'artiste


    Muriel Rodolosse

    Muriel Rodolosse est née en 1964 à Castelnau-Montratier.

    Elle vit aujourd’hui entre Bordeaux et Paris.

    Après des études à l’École des beaux-arts et à l’Université Michel de Montaigne à Bordeaux, elle s’engage dans la peinture dès le début des années 1990. Elle part en résidence en 1996, à Chicago où elle y poursuivra ses études, elle sera accueillie par la Fondation John David Mooney qui lui organisera une exposition. Dès lors, elle adopte un support emblématique de sa pratique le Plexiglas, qu’elle traite comme du fixé sous verre et qui lui permet de ne plus avoir de limites dans ses formats.

    L’artiste évoque sa démarche artistique en ces termes : « Situant ma peinture au-delà d’une égalité des genres mais dans leur interdépendance, je montre combien la classification est autoritaire...ma peinture se qualifie de "non-Taxinomiste". Ma vision de la nature, en constante perturbation, m’éloigne des références et de la "permanence"moderniste ».

    Son travail a été montré dans plusieurs expositions monographiques en France, en Espagne, en Allemagne, aux Etats-Unis et plus récemment en Iran.

    Plusieurs catalogues d’exposition lui ont été consacrés et en 2011, le Frac Aquitaine a édité sa première monographie.

    Parmi ses expositions personnelles :

    • Shirin Gallery à Téhéran (2019)
    • Le château de Gordes
    • Silicone et 5UN7 à Bordeaux
    • La galerie municipale Jean-Collet de Vitry-sur-Seine (2018)
    • Le Centre d’art Château Lescombes. (2017)
    • La galerie Lily Robert à Paris (2017)
    • La Galerie Gowen contemporary à Genève(2015)
    • Le Centre d’Art Contemporain Georges et Claude Pompidou, Cajarc (2014)
    • Le CAC Château des Adhémar, Montélimar (2014)
    • Frac Aquitaine, Bordeaux (2011)
    • Le Musée Calbet, Grisolles (2011)
    • Versteckt Just Around the Corner, Berlin (2010)
    • Le centre d’art contemporain Chapelle Saint-Jacques à Saint-Gaudens (2007).

     

    Muriel Rodolosse a été dans plusieurs résidences d’artistes, notamment :

     

    • John David Mooney Foundation, Chicago (1996)
    • Les maisons Daura à Saint-Cirq-Lapopie (2006)
    • A Chamalot (2009)
    • Appelboom (2010).

    Elle a obtenu l’Aide à la mobilité internationale pour séjourner à Berlin, le Grand Prix du jury du salon d’art contemporain de Montrouge et le premier prix de la biennale d’Issy-les-Moulineaux.

     

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