La ville dont personne ne connaissait le nom - Jean- François Manicom "Sport"

Exposition photographique de Jean-François Manicom, dans le cadre de « Si loin si proche... la Caraïbe » et en ouverture de la saison culturelle 2018-2019.
Cette exposition s'est déroulée du 15 septembre au 27 octobre 2018

La série présentée est un regard sur Haïti, île de la Caraïbe francophone, première République noire indépendante du monde, actuellement parmi les pays les plus pauvres, victime d’une instabilité politique permanente, mais aussi de catastrophes naturelles importantes. La vitalité des artistes haïtiens est pourtant aujourd’hui reconnue internationalement, dans tous les domaines : littérature, peinture, musique, théâtre…

Jean-François Manicom (photographe et réalisateur Guadeloupéen) connaît bien Haïti pour y avoir vécu et exposé. Loin des clichés sur l’art naïf haïtien ou ses influences vaudoues, son travail photographique représente à la fois un défi technique et un challenge philosophique où l’image questionne l’instabilité inhérente à notre condition humaine dans des environnements et des contextes socio-culturels très divers.

Livret pédagogique

Ce livret, réalisé par le Centre d’arts de la ville de Lormont, est un document à visée pédagogique destiné aux enseignants.

 

 

Nommer c’est inclure dans le langage l’existence d’une chose, lui attribuer une place, un signe de reconnaissance. Qu’advient-il de notre identité profonde lorsque notre histoire demeure indicible ? Comment s’inscrire dans le récit d’un pays, d’une communauté lorsque l’Histoire est rendue inaudible ? Sommes-nous possesseur ou prisonnier de notre passé ? Jean-François Manicom interroge à travers son travail photographique les liens complexes, parfois inconscients que nous entretenons avec notre mémoire. Il l’explore sous toutes ses formes qu’elle soit culturelle, historique, collective ou individuelle, psychique ou allégorique. Artiste photographe et réalisateur guadeloupéen, il s’intéresse depuis plus de 15 ans aux états instables de la psyché humaine :

« Mon travail artistique n’est pas à proprement parler autobiographique, mais il est fortement empreint de ma carabéanité fracturée et en mouvement, un prisme à travers lequel je n’ai de cesse d’appréhender et de représenter les questions universelles de notre être au monde. »  J.-F. Manicom.

C’est dans le cadre du cycle Si loin si proche La Caraïbe, que la Salle d’exposition du Pôle culturel et sportif du Bois fleuri accueillait l’œuvre de Jean-François Manicom, du 15 septembre au 27 octobre 2018. Au cours de ce cycle entièrement dédié à La Caraïbe, théâtre, littérature, musique et conférence mettaient à l’honneur la culture caribéenne, avec en ouverture de la saison culturelle l’inauguration de l’exposition.

Intitulée La ville dont personne ne connaissait le nom, cette exposition a pour origine une série issue d’un premier travail,  560 route de Darbonne (2011) réalisée la nuit en Haïti devant la porte de l’orphelinat où résidait le photographe. Une deuxième série est réalisée en 2017 sur les mêmes lieux. Davantage focalisée sur les espaces urbains, elle donne son titre à l’exposition.

« En Haïti on ne dort pas la nuit et enfants comme adultes continuent de vendre, de troquer et de chercher une subsistance et un mieux-être longtemps après le coucher du soleil. Dans la poussière de la route de Darbonne éclairée au hasard du passage des phares de voiture, les silhouettes graciles d’hommes et de femmes, vieux et jeunes, se découpent, émergent du noir profond, comme des ombres éphémères figées, dans des postures aussi fragiles qu’incroyablement élégantes disant autant la vulnérabilité que la force vitale envers et contre tout. » J.-F. Manicom.

 

Nous voici dans une chambre noire où se révèlent des bribes d’histoires, une marche d’errances sur la route de Darbonne, un no man’s land où chacun cherche sa route.

Sans pathos et avec beaucoup de grâce, Jean-François Manicom suggère plus qu’il ne montre. Les scènes capturées sont fugaces, faisant appel à notre imagination. L’architecture de la ville est lacunaire, mangée par la présence de la nuit. Les jeux de miroir, entre l’obscurité des photographies et celle de la salle, nous mettent en présence de visions où tous nos sens sont éveillés.

Un voile flou enveloppe des scènes de rues où déambulent des hommes, des femmes, parfois des chiens, sous les couleurs acides d’enseignes électriques. Des silhouettes, telles des ombres errantes se meuvent au-delà de notre portée. Leurs contours se dessinent à contre-jour dans le halo de réverbères ou de phares de voitures et disparaissent aussitôt dans le manteau de la nuit. On perçoit l’agitation de la ville mais aussi, comme une tension latente, le renversement imminent de l’ordre établi des choses. 

Jean-François Manicom nous propose un cheminement particulier, portant implicitement à nos oreilles l’histoire de la République d’Haïti, première république noire indépendante au monde menée par des esclaves en plein cœur des Caraïbes. Loin des archétypes attendus sur la culture primitive haïtienne ou ses influences vaudoues, son œuvre incarne un art caribéen lucide et poétique, un levier de guérison, l’exorcisme des blessures du passé.

L’art caribéen ou l’esthétique de la "blèsse"

« Je ne suis pas prisonnier de l’Histoire, je ne dois pas y chercher le sens de ma destinée »
Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs.

 

Le travail de Jean-François Manicom ne correspond en rien aux clichés d’un art qui se devrait d’être représentatif de ses origines guadeloupéennes, mais s’inscrit dans un mouvement collectif de nombreux créateurs dont les œuvres interrogent l’identité caribéenne profonde.

Ce socle commun, la peintre et conférencière Patricia Donatien1 le nomme l’esthétique de la blès (blèsse).

A l’origine la blès serait selon le dictionnaire encyclopédique Désormaux (1992) un syndrome créole qu’il est difficile de traduire en termes médicaux occidentaux. Elle irait d’une forme de mélancolie sans conséquence sur le corps, à des pathologies psychiques graves entraînant des désordres autant physiques que mentaux et toucherait principalement les enfants. La blès serait donc une maladie psychosomatique, une affection touchant autant le corps que l’esprit.
Patricia Donatien mène une réflexion sur la spécificité des troubles identitaires des pays ayant subit l’esclavage et la colonisation et surtout comment les artistes porteurs de cette double blessure utilisent l’art sous toutes ses formes (littérature, peinture, danse) comme acte de résilience en dehors des codes esthétiques occidentaux.

L’esthétique de la blès relève du besoin physique et psychique d’évacuer un trop-plein de souffrances vécues, d’incarner dans un autre médium que soi des émotions complexes, faire surgir un récit possible et l’offrir en retour en catharsis.

Lors de son premier séjour en Haïti (1994) Jean-François Manicom déclare :

« Ce que je voyais me "débordait". C’était trop fort à garder pour soi tout seul. Il fallait que je le dise aux autres, que ça sorte. Comme l’écriture n’est pas mon fort, j’ai choisi la photographie... » cf. article de Céline Renger, in Artistes photographes caribéens, rectorat de la Guadeloupe.

La photographie est pour Jean-François Manicom « une manière de penser le monde » (in Artistes photographes caribéens). Son travail opère à la lisière de différents champs (celui du témoignage, de l’artistique ou du philosophique) et tente de transcrire les multiples facettes de l’être humain.

« Dans le monde où je m’achemine, je me crée interminablement »
Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs. 

1 Patricia Donatien est maître de conférences et s'inscrit dans le champ des études caribéennes, post-coloniales et des cultural studies. Ses domaines d'étude et d'expertise sont l'art contemporain et la littérature caribéens. Elle est également une artiste peintre reconnue.

L’écriture photographique de Jean-François Manicom : L’incarnation de la nuit

Au cœur de ses deux séries, la nuit règne en maître. Elle incarne de façon simple et évidente, à la fois la réalité brute du quotidien de la plupart des haïtiens, la nécessité de survivre dans un environnement d’une grande pauvreté, mais aussi de façon allégorique, la nuit comme un lieu de résistance aux ténèbres. Elle devient un temps suspendu, un espace où les esprits se réunissent, s’associent, se préparent, se libèrent…

 

 

 

Sur la route de Darbonne nous présente des silhouettes noires dont nous devinons l’âge ou le sexe grâce à des détails très épurés : le volant d’une jupe, l’arrondi d’un chignon, le mouvement ample d’un pantalon, le port des épaules… Des femmes, des hommes et des enfants peuplent cette nuit que Jean-François Manicom a saisi au vol muni d’un reflex numérique.

« La vie continuait sous mes yeux et à chaque passage de véhicule se dessinait une scène entièrement nouvelle et très belle… J’ai machinalement tenté d’en garder une trace, le boîtier refusait de prendre quoi que ce soit les automatismes ne trouvant rien à photographier. »
J.-F. Manicom.

En effet, les prises de nuit imposent des contraintes particulières, comme adapter les temps de pose et la vitesse d’obturation de l’objectif de l’appareil afin de laisser suffisamment de lumière entrer et obtenir une image distincte.

« Contrairement à toute logique je n’ai pas tenté de faire des poses lentes, mais au contraire j’ai choisi des vitesses rapides… Sur l’écran LCD, rien n’apparaissait que du noir, mais j’ai continué quand même, surtout je crois pour faire rire les enfants qui étaient avec moi. »

Pourtant, comme un instinct inconscient, Jean-François Manicom capture alors des images qui émergeront bien après.

« Je n’ai eu le choc de trouver les images que deux mois plus tard en vidant mes cartes mémoire… »

La nuit comme la chambre noire du boîtier devient révélatrice de ce qui reste enfoui. L’artiste s’aventure alors sur des terres inconnues, relève un défi à la fois technique et philosophique :

« Mes images ont souvent été cherchées au cœur de la nuit, au cœur de mes souvenirs, au cœur de la psyché des gens qui l’acceptent. Les "faire venir", les "révéler" est techniquement et photographiquement peu simple ».

C’est dans ces cas précis que l’on perçoit la corrélation inaliénable du fond et de la forme, ou comment chaque artiste met en adéquation sa quête de sens et ses propres outils formels.

 

 

Dans sa série La ville dont personne ne connaissait le nom, Jean-François Manicom nous propose à nouveau de nous faire happer par la vie nocturne. Mais contrairement à l’apparition des ombres nettes et découpées de la Route de Darbonne, la ville nous renvoie un miroir flou.
Le piqué des photographies y est très marqué et le corps des personnes est volontairement brouillé, comme dédoublé.

L’utilisation du flou photographique, à l’heure de la haute définition (HD) devient alors un outil d’expression et de réflexion propre à J.-F. Manicom :

« Mes ingrédients à moi, mes sonorités visuelles si l’on peut dire , que j’aime combiner entres elles sont les nets, les flous, les avants plans, les arrières plans, le bruit 2, le noir intense, les silhouettes… c’est ma gamme. »

Sans doute sont-ce ces associations, ces mélanges qui confèrent à ses images une plasticité, une poésie picturale. En cela on pourrait rattacher sa réflexion de la conception des photographes pictorialistes de la fin du 19e siècle, qui plaçaient l'évocation au-delà de la représentation fidèle sensée incarnée l'essence même de la photographie.

2 Bruit : le bruit d'image est la présence d'informations parasites qui s'ajoutent de façon aléatoire aux détails de la scène photographiée numériquement. Il est plus particulièrement visible dans les zones peu éclairées, où le rapport signal/bruit est faible, mais aussi dans les parties uniformes telles qu'un ciel bleu.

 

En effet, pour Jean-François Manicom, tous ces jeux qu’il déploie à l’intérieur de sa gamme lui permettent d’insuffler ses propres réflexions sur la mémoire.

« Il me semble impossible que les grands traumas humains, les grands chocs émotionnels collectifs ou particuliers, disparaissent purement et simplement sans laisser de traces. Certains les nomment esprits, fantômes… moi je préfère les appeler "états instables", les émotions sont denses et à la fois mouvantes. » J.-F. Manicom.

Il s’inscrit ainsi dans une démarche de révélation et d’affrontement avec les « démons » du passé toujours présents dans les Caraïbes. L’esclavage et la colonisation ont pendant plus de 400 ans muselé l’identité des haïtiens, leur imposant un perpétuel statut de dominés.

L’exposition aborde de manière à la fois subtile et sans détour la question identitaire d’Haïti et de la Caraïbe. Le titre lui-même est porteur d’un sens multiple. La ville dont personne ne connaissait le nom renvoie à une forme d’universalité des lieux et des souffrances, mais il exprime aussi le trouble identitaire de l’île à travers ses baptêmes successifs : Ayïti chez les Taïnos, Hispaniola sous les Conquistadors, Saint-Domingue sous le joug français, et enfin comme un retour aux sources Haïti, lors de sa déclaration d’indépendance.

Mais il s’agit aussi d’une réalité forte de l’île dont la population est majoritairement illettrée et sans système éducatif fort. Ainsi nommer ne prend pas du tout la même valeur.

C’est enfin la tentation de faire disparaître toutes les souffrances en omettant d’en nommer les origines.

Jean-François Manicom ne nous impose pas une nuit plaintive, mais forte, téméraire et vivante.

 

Quelques repères historiques

Haïti est issue d’une succession d’événements chaotiques où les enjeux politiques et idéologiques ont toujours été au cœur des conflits. Son histoire cristallise à elle seule les ravages de l’esclavage et du colonialisme.

Ce sont des peuples d’origine amérindienne comme les Taïnos de culture Arawak , qui occupent l’île bien avant l’arrivée des colons espagnols.

En 1492, Christophe Colomb débarque et la baptise Hispaniola. L’île est alors exploitée pour son or. Les populations amérindiennes qui sont massacrées ou réduites en esclavage déclinent rapidement et sont exterminées en quelques décennies.

Les colons espagnols font alors venir d’Afrique des esclaves noirs déportés (Charles Quint ayant autorisé la traite des esclaves en 1517). La partie ouest d’Hispaniola, dépourvue de minerai est négligée par les Espagnols au profit de quelques boucaniers 3 français qui s’y installent. Au XVIIe siècle sous l’autorité de Richelieu, l’installation française s’institutionnalise et pactise avec la flibuste 4 qui s’étend sur toute la mer des Caraïbes.

Sous Louis XIV, Colbert, ministre de la marine ramène l’ordre en installant le gouvernement à Port de Paix et encourage la plantation d’indigo et de cannes à sucre qui feront de l’île « la Perle des Antilles », la colonie française la plus riche de toute l’Amérique. Il instaure également le « code noir » (1685) un édit qui réglemente dans les possessions outre atlantiques « l’état et la qualité des esclaves » qui sont alors considérés comme des bêtes de somme ou de purs objets.

1789 – La révolution française entraîne de grands bouleversements sociaux dans les petites Antilles comme à Saint-Domingue (nom attribué à la partie ouest de l’île sous emprise française). La révolte des esclaves aboutit alors à l‘abolition de l’esclavage. La partie Est, reste alors en possession espagnole.

 

 Toussaint Louverture 5 est nommé gouverneur général de Saint-Domingue par la France après avoir rétabli la paix et chassé les Espagnols et les Anglais qui menaçaient la colonie. Il promulgue alors une constitution autonomiste et provoque une réaction virulente de la France. Napoléon, alors au pouvoir, le fait capturer. Mais d’autres fidèles alliés, comme Dessaline, viendront à bout de l’armée française (cf. la bataille de Vertières).

 1er janvier 1804 – Déclaration d’indépendance du pays. L’île recouvre son appellation première, Haïti, en référence au Taïnos. Ayiti qui signifierait « terres des hautes montagnes » ou « la montagne dans la mer ».

11 juillet 1825 – Charles X reconnaît l’indépendance du pays moyennant une indemnité colossale (150 millions de franc-or). Dès lors, le pays connaîtra une succession de coups d’états et de prise de pouvoir par la force.

 1914-1935 – Les États-Unis occupent Haïti pour asseoir leurs intérêts économiques et politiques et museler toute propagation d’indépendance.

Instabilité et dynastie Duvalier (1957-1986)
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’instabilité politique reprend et ne s’achève qu’après l’élection de Duvalier dont le principe de base est « le pouvoir au plus grand nombre ». Autocrate, il assied son pouvoir personnel grâce à la délation et alimente la terreur à l’aide de ses partisans surnommés Tontons Macoutes. Il s’autoproclame président à vie et meurt en 1971 après avoir légué les pleins pouvoir à son fils Jean-Claude Duvalier. La dictature de la dynastie Duvalier est responsable de nombreuses tueries qui inciteront de nombreux haïtiens à se réfugier aux États-Unis, au Canada..

1986 – Suite à de nombreuses et violentes répressions de manifestions populaires, J.-C. Duvalier démissionne et s’exile en France.

1987-1990 – Des élections générales sont organisées malgré la pression d’anciens partisans du régime Duvalier. D’autres événements dramatiques surviennent et l’île parvient difficilement à se départir de ce qui ressemble à une tradition de prise du pouvoir par les armes.

La fin du XXe siècle a été très confuse. Le président Aristide qui constituait un espoir pour les Haïtiens et la communauté internationale, a installé un régime de terreur par l’intermédiaire de milices (chimères). Des journalistes ont été assassinés et l’opposition violemment réprimée. Coups d’État, opération des États-Unis, intervention des Nations Unies.
Le XXIe siècle s’ouvre sur un équilibre précaire. Après la fuite du président Aristide en 2003, le pays connaîtra de nouveau une instabilité proche de la guerre civile. Les élections ont été repoussées quatre fois avant de voir René Préval élu à la présidence de la République en 2006.
Ce petit pays, pauvre économiquement et affaibli par de nombreuses catastrophes naturelles reste riche de son histoire et de sa culture et se trouve aujourd’hui confronté à plusieurs grands défis (politiques, économiques et social, écologique).

(Sources Wikipédia, in article Haïti.)

 

3Boucanier : de boucan, grill ou claie de bois sur laquelle la viande ou le poisson était fumé, terme issu d'un dialecte des indigènes des Caraïbes. Le terme est à l'origine un coureur des bois de Saint-Domingue qui chassait les bœufs sauvages pour en boucaner la viande, la faire sécher à la fumée sur le boucan.
 4Flibuste : Aux XVIIe et XVIIIe, association de forbans faisant une guerre acharnée aux Espagnols dans leurs colonies des Antilles. Par extension, ce terme désigne également l’ensemble des pirates qui se livraient aux pillages sur les mers.
5Toussaint Louverture, est un homme politique français né en Haïti d'origine afro-caribéenne. Descendant d'esclaves noirs, il jouera un rôle historique de premier plan en tant que chef de la Révolution Haïtienne (1791-1802) et deviendra une des grandes figures des mouvements anticolonialiste, abolitionniste et d'émancipation des Noirs.

Quelques repères géographiques

La République d'Haïti se situe sur une  île scindée en deux dont la deuxième partie (à l’Est) est constituée de la République Dominicaine. L'île est au cœur des Caraïbes, proche de Cuba et de Porto Rico.

 

 

Le territoire de la République d'Haïti est principalement constitué du tiers occidental de l'île d’Hispaniola que l'on nomme également «Grande terre», à laquelle vient s'ajouter un certain nombre d'autres îles et archipels tels que : La Gonave,  l’île de la Tortue, Les Cayémites, l’île-à-Vache ou l'île Navase.  Sa  superficie est de 27 750 kilomètres carrées.

Aux origines l’île toute entière était fortement boisée d’où le nom donné par les  premières populations amérindiennes, « Ayiti: terres des hautes montagnes ». Le relief de la République d'Haïti est formé de deux bandes montagneuses principales : l'une au Nord, l'autre au Sud. Malgré la déforestation à grande échelle sur l'ensemble du territoire national, Haïti possède encore des zones boisées qui s'étendent dans le pays voisin de la République dominicaine. Ainsi ces deux pays partagent la forêt de pin de l’île d’Hispaniola.

Le déséquilibre entre les riches et les pauvres est marquant. Les personnes fortunées d’Haïti ne représentent que 20 % de la population, mais possèdent à elles seules 63 % de la richesse du pays. Les transferts d’argent venant de la diaspora haïtienne demeurent néanmoins une importante source de devises pour le pays.  

Les principales ressources naturelles d’Haïti sont les minerais comme la bauxite qui  a été exploitée commercialement à une échelle significative. Cependant, c’est l’agriculture qui emploie l'essentiel de la main-d'œuvre avec plus des deux tiers de la population en âge de travailler. Les exploitations agricoles sont, avant tout, des fermes de subsistance, de dimensions restreintes.

La capitale, Port-au-Prince, concentre la majorité des activités industrielles du pays.
Haïti bénéficie d'un climat tropical, d’une moyenne de 30°C et 364 jours de soleil par an. Le tourisme à Haïti est à la fois culturel, avec des forts, comme la Ferrière et des villes comme Labadie ainsi que naturel, avec les plages d'eau turquoise de Jacmel.

Après que l’embargo contre Cuba (1962) ait été levé partiellement en 2000, Haïti devient un lieu de villégiatures pour riches touristes américains.

 Sources Wikipédia, in article Haïti.

Jean-François Manicom

Né le 11 août 1963 à Montpellier, Jean-François Manicom s'est passionné très tôt pour la photographie. Dès l’enfance, ses parents lui ont offert un appareil photographique, un Kodak Instamatic.

Ses premières années sont imprégnées par l’art en général, et la photographie en particulier. Sa mère elle-même héritière de la passion de son propre père consacrera exclusivement sa vie à l’éducation de son fils jusqu’à ses 10 ans.

 

 

Il exercera de nombreux métiers, marin, docker, employé de banque, jusqu'à son séjour en Haïti, en 1994 où ce sera la révélation. Autodidacte, Jean-François Manicom se plonge dans la lecture des manuels, lit tout ce qu'il peut trouver sur la photographie, les maîtres de l'image, des penseurs comme Roland Barthes : « j’ai eu la chance d’être pris en amitié par de vieux photographes en Guadeloupe et ailleurs qui m’ont pris sous leurs ailes. »

Aujourd'hui, ce qui le passionne avant tout, c'est « la philosophie de l'expression photographique, c'est-à-dire une manière de réfléchir le monde ». Reporter photographe sur les évènements culturels de la Guadeloupe, Jean-François Manicom voit ses travaux régulièrement publiés dans la presse locale. Il a également collaboré à la revue Autrement consacrée à la Guadeloupe. Il enseigne également la photographie et s’implique dans de nombreuses sphères de la société toujours en prise avec la notion de mémoire et d’identité.

Membre fondateur d’un orphelinat en Haïti de 1997 à 1999, directeur de la maison de l’architecture de Guadeloupe de 2005 à 2008 et, plus récemment, commissaire d’exposition du Memorial ACTe à Pointe-à-Pitre.

Dernièrement, il a mis en place le Festival Caribéen de l’Image (Mai à Août 2015) au Mémorial ACTe, réunissant 40 artistes photographes contemporains de 16 pays de la Caraïbe, pour une image différente et ultra-contemporaine de l’art photographique dans la caraïbe, loin des clichés culturels qui ternissent parfois cette discipline.

Jean-François Manicom est également vidéaste, il obtient en 2012 le prix de la FEMI pour son film Pas.

Filmographie :

Darbousier 07,2007, sur une proposition de la maison de l’architecture.
La Piste Tarzan, 2012,réalisé en Guyane.



 

Darboussier 07 (extrait) – Film de Jean-François Manicom

Vous pourrez retrouver le parcours  les œuvres et l’actualité de Jean-François Manicom sur son site :  www.jfmanicom.com

 

Bibliographie

Quelques ouvrages que vous pourrez, entre autres, retrouver et emprunter à la Médiathèque du Bois fleuri

 

Art caribéen


Adultes

Art caribéen, le penser pour le dire, réflexion autour de la littérature, des arts visuels, de la danse, Patricia Donatien. Éditions de l’Harmattan, 2018.



Photographies


Adultes

La photographie contemporaine, Michel Poivert, Éditions Flammarion, 2010.

Un concentré des différentes pratiques photographiques contemporaines : quêtes formelles, recherches expérimentales, photo reportage... Pour appréhender les nouvelles directions et préoccupations des photographes d’aujourd’hui qu’il s’agisse d’artistes, de critiques ou de journalistes.



Jeunesse

Histoire de la photographie, Alan Buckingham, Éditions Les yeux de la découverte Gallimard, collection Arts, sports et loisirs, 2005.

Livre technique très détaillé qui couvre de l’invention de la photographie aux applications numériques et scientifiques. Très pertinent pour comprendre les outils et l’évolution des mécanismes photographiques.

Au bon moment, au bon endroit, Philippe Godard, Éditions Saltimbanque, 2017.

Cent ans de photographies qui racontent le monde.

Les événements majeurs du 20e siècle à travers 35 photographies exceptionnelles qui montrent le pouvoir des images, leur ancrage dans notre mémoire collective et individuelle, leur teneur politique et historique.

Photo performances, Sandrine Le Guen, et Gala Vanson, Éditions Actes Sud Junior, collection Les Ateliers Villette, 2015.

Pour découvrir l’art de la photographie et réaliser des ateliers ludiques.

Histoires de la photographie, Julie Jones, Michel Poivert, Éditions le Point du jour et du jeu de paume, 2014.

Enregistrer, créer, réinventer, informer, observer, rassembler. Six chapitres accompagnés d’images d’hier et d’aujourd’hui. A partir de 8 ans.

La photo à petits pas, Laura Berg, illustrations Vincent Bergier, Éditions Actes Sud Junior, 2010.

Un ouvrage pratique pour comprendre l’avènement de la photographie. Un glossaire précis et de nombreux termes techniques expliqués. CM1 /CM2.



Littérature


Adultes

 

Aimé Césaire

Dans le cadre de ce cycle Si loin si proche la Caraïbe, la pensée et la force littéraire de cet auteur de premier plan seront évoquées aux cours d’une conférence organisée en partenariat avec l’Université Populaire de Haut de Garonne.


Quelques ouvrages incontournables :

Discours sur le colonialisme, suivit de discours sur la négritude, Éditions Présence Africaine, 2000.

Ferrements et autres poèmes, Éditions du seuil, collection Points, 2008.

Une saison au Congo, pièce de théâtre, Éditions du Seuil, collection Points, 2007.

Conversation avec Aimé Césaire, Patrice Louis, Collection Arléa poche, 2007.



Romans 

Les temps de la cruauté, Gary Victor, Editions Philippe Rey, 2017.

Gary Victor écrit sur Haïti depuis une quinzaine d'années, journaliste, dramaturge et écrivain, il a su mettre des mots sur la souffrance d'un peuple meurtri à travers une série de textes luxuriants et profonds, terribles et vertigineux.

A bobo ! Hector Poullet, Caraïbéditions, 2016.

Quatre légendes inédites des Antilles. Contrairement aux contes imaginaires, les légendes sont les pierres angulaires de la tradition orale, ce qui reste dans la mémoire des hommes d'une histoire non écrite, histoire qui se raconte de génération en génération. Hector Poullet poursuit sa quête d'une meilleure connaissance des peuples créoles d'Amérique. Créoliste, il a publié chez Caraïbéditions de nombreux ouvrages sur la Langue et la Culture Créoles.

 

L’insurrection de l’âme, Frantz fanon, Raphaël Confiant. Caraïbéditions, 2017.

Autobiographie imaginée du grand psychiatre et essayiste martiniquais dont l’œuvre et la trajectoire marquèrent l'histoire non seulement de l'Algérie et du Tiers-monde, mais aussi du monde entier.




Jeunesse

Contes

Oriyou et le pêcheur et autres contes de la caraïbe, Praline Gay-Para, L’École des Loisirs, 1999.

Quelques contes Créoles, collecte de madame Schont, Éditions Silène, 2014.

Réédition de textes parus en 1935, à l’occasion du tricentenaire des Antilles, sous l’égide du gouvernement de la Guadeloupe et dépendances.


Albums

Haïti, une île sous le vent, William Wilson. Éditions Gallimard jeunesse, collection Giboulées, 2015.

L’auteur reprend la tradition des drapôs (carrés de toile brodés de perles et de paillettes pour illustrer de manière allégorique les événements fondateurs des Caraïbes, depuis les premières civilisations amérindiennes (Arawaks) à l’arrivée des Conquistadors, jusqu’à l’esclavage. Un album qui se déploie comme une longue tapisserie à décrypter avec les élèves.

L’océan noir, William Willson, Éditions Gallimard Jeunesse, collection Giboulée, 2009.

L’illustration symbolique de l’esclavage des peuples noirs évoquée à travers la réalisation de tentures issues de la culture africaine de l’artiste. Une manière subtile d’aborder l’injustice et le respect de la différence avec les plus petits.

Haïti mon pays, poèmes d’écoliers haïtiens, illustrés par Rogé, préface de Dany Laferrière, Editions de la Bagnole, 2010.

Une approche tout en nuance qui narre les paysages et le quotidien des Haïtiens à travers la parole fraîche et sincère de jeunes écoliers. Leurs portraits dessinés accompagnent chacun de leur poème.



Histoire



Adultes

Outres-Mers, notre monde, d’Oudinot. Éditions Autrement, collection Mutations, 2002.

Entretiens menés avec des chercheurs, des écrivains, des artistes, qui abordent avec pertinence les problématiques particulières de l’Outre-Mer.

Guadeloupe amérindienne, guide archéologique de la France, André Delpuech, Éditions du Patrimoine, 2007.

L’histoire d’un peuplement, un résumé sur les premières civilisations de la mer des Caraïbes.

Histoire de l’esclavage dans les colonies françaises, deLémy Léman Cocon,Édition du Monde global, collection Essai, 2008.

– Marchands d’esclaves de la traite à l’abolition, entretien avec Aimé Césaire, Édition de Conti, collection Thalassa, 2005. Un regard précis et détaillé accompagné de nombreuses reproductions de documents d’époque.




Jeunesse

L’esclavage de l’antiquité à nos jours, deMathilde Giard, Édition Flammarion, collection du Père Castor, 2007.

Un petit précis historique aux articles courts. De nombreuses définitions, un lexique détaillé pour appréhender les mots et les moments clefs de l’esclavage et leurs divers visages actuels.

Les esclavages, du XVIe siècle à nos jours, de Christophe Wargny, Édition Autrement, collection Junior, 2008.

Un ouvrage sur cette vaste période, depuis l’arrivée des conquistadors, à la traite des noirs, jusqu’à l’émancipation des anciennes colonies européennes. Plusieurs chapitres sont spécifiquement consacrés aux Caraïbes, dont un détaillé sur l’Histoire d’Haïti.

L’esclavage, Pascale Hédelin, Aurélie Abolivier et Fred Jacquemard, Edition Milan jeunesse, 2010.

L’histoire de l’esclavage expliquée aux plus jeunes, dès 7 ans. Fourni avec un Cd-rom interactif.




Géographie



Adultes

Atlas des peuples d’Amérique, Jean Sellier, Éditions de La Découverte, 2006.

Ouvrage généraliste avec un chapitre sur les Antilles et la Guyane française.

 

 

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